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Modes de scrutin, bulletins de vote et participation
Méthode · version 4 · 15 septembre 2026
Document de revue. Il décrit les règles du code électoral pour les quatre scrutins principaux, la chaîne matérielle du bulletin de vote (qui paie, quelle norme de papier, qui le fabrique), une comparaison internationale des modes d'élection du chef de l'État (Europe complète, puis démocraties du reste du monde), la série complète des seconds tours de la Ve République, et une typologie des modes de scrutin situant le vote unique transférable parmi les autres.
Chaque affirmation est rattachée à sa source. Les points non établis sont signalés comme tels et ne sont pas comblés par une estimation implicite.
1. Les quatre scrutins
1.1 Municipales
Depuis la loi du 21 mai 2025, il n'existe plus qu'un seul mode de scrutin municipal, appliqué pour la première fois aux élections des 15 et 22 mars 2026.
| Communes < 1 000 hab. | Communes ≥ 1 000 hab. | |
|---|---|---|
| Avant 2026 | scrutin plurinominal majoritaire, panachage autorisé, candidatures individuelles | scrutin de liste bloquée à deux tours |
| Depuis 2026 | scrutin de liste paritaire, bloqué, deux tours, prime majoritaire | inchangé |
Mécanique commune :
- listes complètes, paritaires, alternance stricte femme/homme ; le panachage disparaît, l'électeur ne peut plus ajouter, retirer ni réordonner un nom ;
- 1er tour : une liste qui obtient la majorité absolue des suffrages exprimés et au moins 25 % des inscrits emporte 50 % des sièges (prime majoritaire) ; les sièges restants sont répartis à la proportionnelle au plus fort reste entre toutes les listes ayant atteint 5 %, y compris la liste arrivée en tête ;
- 2e tour, une semaine plus tard : seules les listes ayant obtenu ≥ 10 % des exprimés peuvent se maintenir ; celles entre 5 % et 10 % peuvent fusionner ; même prime majoritaire ;
- les conseillers communautaires sont élus par fléchage dans les communes ≥ 1 000 hab., et désignés dans l'ordre du tableau municipal dans les communes < 1 000 hab.
Sources : Ministère de l'Intérieur — municipales 2026, changement de mode de scrutin, AMF — comprendre la loi du 21 mai 2025.
Point structurant pour la suite : le seuil qui compte pour la matérialité du vote n'est pas 1 000 mais 2 500 habitants. En dessous, il n'y a pas de commission de propagande : les listes qui veulent envoyer bulletins et circulaires aux électeurs les acheminent à leurs frais et par leurs propres moyens. Et en dessous de 1 000 habitants, l'État ne rembourse rien. Source : préfecture de l'Isère, préfecture de Maine-et-Loire.
1.2 Législatives
Scrutin uninominal majoritaire à deux tours, 577 circonscriptions, une semaine entre les tours.
- 1er tour : élu qui obtient la majorité absolue des exprimés et au moins 25 % des inscrits ;
- 2e tour : peuvent se maintenir les candidats ayant obtenu au moins 12,5 % des électeurs inscrits (art. L. 162 du code électoral, seuil porté de 10 % à 12,5 % par la loi du 19 juillet 1976). Si un seul candidat atteint ce seuil, le deuxième en voix peut se maintenir ; si aucun ne l'atteint, les deux premiers se maintiennent. Le 2e tour se gagne à la majorité relative.
Le seuil est calculé sur les inscrits, pas sur les exprimés : plus l'abstention monte, plus il est difficile d'atteindre 12,5 %, et plus le nombre de triangulaires possibles diminue mécaniquement. C'est une variable rarement explicitée dans les commentaires d'entre-deux-tours.
Source : art. L. 162, code électoral.
1.3 Sénatoriales
Suffrage indirect. Collège d'environ 162 000 grands électeurs, composé à ~95 % de conseillers municipaux ou de délégués des conseils municipaux, complété par les conseillers départementaux et régionaux et les parlementaires. Renouvellement par moitié tous les trois ans, mandat de six ans. Le prochain scrutin a lieu le 27 septembre 2026 (178 sièges sur 348).
| Sièges à pourvoir dans le département | Mode |
|---|---|
| 1 ou 2 | scrutin majoritaire à deux tours, les deux tours le même jour |
| 3 et plus | scrutin de liste à la représentation proportionnelle (plus forte moyenne), un seul tour |
Le vote est obligatoire pour les grands électeurs. Chaque candidat se présente avec un remplaçant de sexe différent.
Sources : Sénat — mode d'élection des sénateurs, Public Sénat — sénatoriales 2026.
1.4 Présidentielle
Base : articles 6 et 7 de la Constitution et loi organique du 6 novembre 1962.
- mandat de cinq ans, deux mandats consécutifs maximum (révision de 2008) ;
- scrutin uninominal majoritaire à deux tours ; est élu au 1er tour le candidat qui obtient la majorité absolue des suffrages exprimés ;
- le second tour a lieu « le quatorzième jour suivant » le premier — donc deux semaines, contre une semaine pour tous les autres scrutins français ;
- l'élection a lieu entre vingt et trente-cinq jours avant l'expiration des pouvoirs du président en exercice ;
- parrainages : 500 présentations d'élus, réparties sur au moins 30 départements ou collectivités d'outre-mer, sans que plus d'un dixième provienne du même département ou de la même collectivité. Depuis la loi organique du 25 avril 2016, l'intégralité des parrainages reçus est publiée par le Conseil constitutionnel, au fil de l'eau ;
- deux organes encadrent le scrutin : le Conseil constitutionnel (contrôle et proclamation) et la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale (CNCCEP), doublée de commissions locales de contrôle dans chaque département.
Sources : Conseil constitutionnel — articles 6 et 7, Conseil constitutionnel — les parrainages.
Rappel utile : la première élection de la Ve République (21 décembre 1958) n'était pas au suffrage direct. De Gaulle a été élu par un collège de 81 764 grands électeurs (78,5 % des voix). Le suffrage universel direct résulte du référendum du 28 octobre 1962 et s'applique à partir de 1965. Source : Élection présidentielle française de 1958.
2. Le second tour à deux semaines
C'est la seule élection française où l'entre-deux-tours dure 14 jours. Ce que cette durée rend possible, et qui n'existe nulle part ailleurs dans le calendrier électoral français :
- Le débat d'entre-deux-tours. Il n'a lieu que parce qu'il y a le temps de le négocier, de le produire et de le diffuser. Depuis 1974, il est devenu une quasi-obligation coutumière — seule exception : 2002, Jacques Chirac ayant refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen.
- La renégociation des soutiens. Deux semaines suffisent pour que les partis éliminés tiennent des instances, se divisent publiquement, et que les consignes de vote deviennent elles-mêmes un objet de campagne.
- La réimpression complète du matériel. Pour le second tour, l'ensemble des bulletins, circulaires et affiches des deux candidats restants est refait à neuf, et l'État en assume le coût (voir § 3). Un entre-deux-tours d'une semaine, comme pour les législatives, comprime cette chaîne à trois ou quatre jours ouvrés — c'est précisément ce qui a saturé les imprimeurs en juin-juillet 2024.
- Un décalage assumé avec les législatives. Depuis l'inversion du calendrier de 2001, les législatives suivent la présidentielle de cinq à six semaines ; l'entre-deux-tours présidentiel de 14 jours est la première pièce de cet emboîtement.
Le délai de 14 jours n'a rien d'universel (voir § 4) : il est le cas le plus fréquent en Europe, mais Chypre et la Bulgarie votent à une semaine, le Portugal et la Slovénie à trois, l'Autriche à quatre.
3. Le bulletin de vote : qui paie, quelle norme, qui fabrique
3.1 La spécificité française : autant de bulletins que de candidats
La France est, avec l'Espagne, l'un des rares pays européens à ne pas utiliser de bulletin unique. L'électeur ne coche pas une case : il prend un bulletin distinct par candidat ou par liste, préalablement imprimé, et en glisse un dans l'enveloppe. Tout le reste du dispositif (coût, norme papier, logistique, inégalité entre candidats) découle de ce choix.
L'étude de législation comparée du Sénat LC 298 (2022-2023) sur l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis conclut que tous les pays étudiés utilisent un bulletin papier « sous la forme d'une feuille unique par élection » que l'électeur doit marquer. Source : Sénat, LC 298 — Les opérations électorales.
Ordre de grandeur du surcoût matériel : la proposition de loi sénatoriale n° 25 (2019) instaurant le bulletin unique chiffre à 1 300 tonnes le papier de bulletins imprimé pour la présidentielle de 2017, contre 110 tonnes pour un bulletin unique — soit une division par douze. Source : Sénat, PPL n° 25 (2019), exposé des motifs.
3.2 La norme de papier
Article R. 30 du code électoral, dans sa rédaction issue du décret n° 2021-1740 du 22 décembre 2021, en vigueur depuis le 1er janvier 2022 :
Les bulletins sont imprimés en une seule couleur sur papier blanc, d'un grammage compris entre au moins 70 et au plus 80 grammes au mètre carré.
Formats imposés (paysage) :
| Nombre de noms | Format |
|---|---|
| 1 à 4 | 105 × 148 mm |
| 5 à 31 | 148 × 210 mm |
| plus de 31 | 210 × 297 mm |
Source : art. R. 30, code électoral.
Sur la mémoire du « 80 g/m² » : partiellement exacte, et l'histoire de la règle est instructive.
- En 2014, les arrêtés de propagande admettaient une fourchette de 60 à 80 g/m².
- L'arrêté du 24 janvier 2020 (municipales) a imposé un grammage unique de 70 g/m².
- Interrogé par le sénateur Hervé Maurey, qui relevait que le 80 g est moins cher parce que plus disponible commercialement, le ministère de l'Intérieur a répondu que l'uniformisation venait d'un groupe de travail de 2017 réunissant imprimeurs, routeurs et prestataires postaux : la diversité des papiers provoquait des bourrages dans les machines de mise sous pli. La norme est donc une contrainte de logistique postale, pas de qualité de vote.
- Le décret de décembre 2021 a rouvert la fourchette à 70–80 g/m².
Source : Sénat, question écrite n° 14890 (26 mars 2020) et réponse du 31 décembre 2020.
S'y ajoute une condition écologique pour ouvrir droit au remboursement (art. R. 39) : papier contenant au moins 50 % de fibres recyclées, ou bénéficiant d'une certification internationale de gestion durable des forêts. C'est cette double contrainte — grammage étroit et certification — qui fabrique le « papier spécial élections », un produit de niche.
3.3 Qui paie, élection par élection
| Élection | Qui imprime les bulletins | Qui paie | Seuil |
|---|---|---|---|
| Présidentielle | l'administration, modèle uniforme pour tous les candidats, ne portant que nom et prénom (art. 23 du décret n° 2001-213) | l'État, qui prend en charge « le coût du papier et l'impression des bulletins de vote » (art. 20) | aucun : tous les candidats, quel que soit leur score |
| Législatives | le candidat | l'État rembourse (art. R. 39) | 5 % des exprimés à l'un des deux tours |
| Municipales ≥ 1 000 hab. | la liste | l'État rembourse (art. R. 39) | 5 % des exprimés |
| Municipales < 1 000 hab. | la liste | personne — aucun remboursement | — |
| Sénatoriales | le candidat / la liste | l'État rembourse (art. L. 308) | 10 % des exprimés (scrutin majoritaire) ou 5 % (proportionnelle) |
Quantités ouvrant droit à remboursement (art. R. 39) : un nombre de circulaires égal au nombre d'électeurs majoré de 5 %, et un nombre de bulletins égal au double du nombre d'électeurs majoré de 10 %. Le remboursement est plafonné par des tarifs maxima fixés par arrêté conjoint Intérieur / Économie, redéfinis avant chaque scrutin.
Sources : art. R. 39, décret n° 2001-213, articles 17 à 23, arrêté du 20 février 2026 — tarifs maxima, municipales.
Deux conséquences politiques rarement énoncées :
- La présidentielle est le seul scrutin français égalitaire sur le bulletin. L'État imprime lui-même, pour tout le monde, sans condition de score. Un candidat à 0,5 % a exactement le même bulletin, en même quantité, qu'un candidat à 28 %.
- Partout ailleurs, le bulletin est une avance de trésorerie sous condition de résultat. Le candidat paie l'imprimeur d'abord ; l'État rembourse plus tard, et seulement s'il franchit 5 % (ou 10 % au Sénat). En dessous du seuil, le coût reste à sa charge. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, il n'y a même pas de remboursement possible. C'est une barrière à l'entrée matérielle, distincte du financement de campagne.
Ordre de grandeur global : la Cour des comptes évalue à environ 500 millions d'euros par cycle électoral le seul envoi des professions de foi aux électeurs, et relève un taux de plis non distribués supérieur à 5 %, monté à 40 % au second tour des régionales de 2021. Source : Banque des Territoires — rapport de la Cour des comptes sur l'organisation des élections.
3.4 Qui fabrique le papier — ce qui est établi et ce qui ne l'est pas
Établi :
- La chaîne est papetier → distributeur (marchand de papier) → imprimeur → commission de propagande → mairie. Les imprimeurs travaillent avec des distributeurs, pas directement avec les fabricants.
- En juin 2024, les imprimeurs interrogés lors des législatives anticipées décrivent le papier élections comme « plus fin qu'un papier commercial » et soumis à des certifications environnementales particulières, et indiquent qu'« un seul fabricant de papier existe dans l'Hexagone », le reste de l'approvisionnement venant d'Europe. Une imprimerie toulousaine a dû activer son réseau européen pour trouver 400 000 feuilles. Le déclencheur de la tension : les européennes du 9 juin avaient vidé les stocks européens quelques jours plus tôt. Source : France 3 Occitanie, juin 2024.
- Le contexte industriel est celui d'une contraction rapide : la Copacel (fédération des industries papetières) recense sept fermetures de sites en France en 2024-2025, dont Condat (Dordogne), RDM Blendecques, Wizpaper (ex-Arjowiggins) et la Papeterie Saint-Michel. Sources : Graphiline, L'Usine Nouvelle.
- Des imprimeurs ont publiquement posé la question d'une pénurie organisée lors d'élections municipales, en l'attribuant à des prévisions de consommation sous-évaluées par les papetiers — mais il s'agit d'un témoignage d'opinion, pas d'un constat d'autorité.
Non établi, et à ne pas reprendre en l'état :
- L'affirmation « seules deux entreprises fournissent le papier électoral en France » n'est corroborée par aucune source publique retrouvée. La formulation la plus proche et sourcée est « un seul fabricant en France », le reste étant importé d'Europe — ce qui décrit un marché ouvert à l'échelle européenne, pas un duopole national.
- L'affirmation selon laquelle « les grands partis achètent la capacité de production intégrale » n'est étayée par aucune source publique retrouvée : ni rapport parlementaire, ni Autorité de la concurrence, ni presse professionnelle. Ce qui est documenté, c'est la tension d'approvisionnement en cas de scrutin non anticipé — un effet de calendrier et de stock, pas un effet de préemption par des acheteurs politiques.
- À noter toutefois que, pour la présidentielle, la question ne se pose pas : c'est l'administration qui imprime. Un accaparement de capacité par des partis n'aurait d'effet que sur les législatives et les municipales.
Piste de vérification si le sujet doit être traité : les arrêtés de tarifs maxima publiés avant chaque scrutin donnent le prix administré du bulletin ; les marchés publics passés par le ministère de l'Intérieur pour l'impression des bulletins de la présidentielle sont publics ; la Copacel publie des statistiques de production par sorte de papier. Ces trois sources permettraient de trancher la question du nombre réel de fournisseurs.
4. Comparaison internationale — élection du chef de l'État
4.1 Union européenne : élection directe
| Pays | Tours | Délai entre les deux tours | Remarque |
|---|---|---|---|
| Autriche | 2 | 4 semaines (§ 18 BPräsWG) | 2016 : 24 avril → 22 mai, puis annulation et reprise du 2e tour le 4 décembre |
| Bulgarie | 2 | 7 jours | 2011 : 23 → 30 octobre ; 2021 : 14 → 21 novembre |
| Chypre | 2 | 7 jours (même jour la semaine suivante) | 2023 : 5 → 12 février |
| Croatie | 2 | 14 jours | 2024-25 : 29 décembre → 12 janvier |
| Finlande | 2 | 14 jours | 2024 : 28 janvier → 11 février |
| France | 2 | 14 jours (art. 7 de la Constitution) | |
| Irlande | 1 | — | vote unique transférable (art. 12 de la Constitution) — voir § 6 |
| Lituanie | 2 | 14 jours | 2024 : 12 → 26 mai |
| Pologne | 2 | 14 jours | 2025 : 18 mai → 1er juin |
| Portugal | 2 | 21 jours (art. 126 de la Constitution : « jusqu'au vingt-et-unième jour ») | 2026 : 18 janvier → 8 février |
| Roumanie | 2 | 14 jours | 2025 : 4 → 18 mai |
| Slovaquie | 2 | 14 jours | 2024 : 23 mars → 6 avril |
| Slovénie | 2 | 21 jours | 2022 : 23 octobre → 13 novembre |
| Tchéquie | 2 | 14 jours | vote sur deux jours (vendredi-samedi) ; 2023 : 13-14 → 27-28 janvier |
Lecture : 14 jours est la norme dominante, mais la fourchette réelle va de 7 à 28 jours. La France n'est donc ni isolée ni exemplaire sur ce point ; sa singularité est ailleurs (§ 4.5).
4.2 Union européenne : élection indirecte
| Pays | Collège | Règle de majorité |
|---|---|---|
| Allemagne | Bundesversammlung : Bundestag + un nombre égal de délégués désignés par les Länder | majorité absolue aux deux premiers tours, relative au troisième |
| Italie | Parlement en session commune + délégués régionaux | deux tiers aux trois premiers tours, puis majorité absolue, sans limite de tours — 23 tours en 1971 pour élire Giovanni Leone |
| Grèce | Parlement | majorités dégressives ; la révision de 2019 a supprimé la dissolution automatique en cas d'échec |
| Hongrie | Parlement | deux tiers, puis majorité simple |
| Lettonie | Saeima | majorité absolue |
| Malte | Parlement | deux tiers depuis la réforme de 2020 |
| Estonie | Riigikogu (deux tiers, trois tours), puis collège élargi aux représentants des collectivités | majorité |
Le scrutin italien est le contre-modèle exact de la présidentielle française : pas de campagne publique, pas de calendrier, pas de nombre de tours prédéterminé, et un résultat construit par négociation entre groupes parlementaires au fil des tours.
4.3 Europe hors Union européenne
| Pays | Mode | Particularité |
|---|---|---|
| Islande | direct, un seul tour, majorité relative | un président peut être élu avec moins de 40 % des voix |
| Suisse | pas de président élu au sens usuel : l'Assemblée fédérale élit les 7 membres du Conseil fédéral, la présidence est tournante et annuelle | seul exécutif collégial d'Europe |
| Serbie | direct, 2 tours, 14 jours | quorum de participation de 50 % supprimé en 2004 après une série d'élections invalidées : septembre-octobre 2002, décembre 2002, et 2003 (participation 39 %) |
| Macédoine du Nord | direct, 2 tours, 14 jours | le second tour n'est valide qu'avec 40 % de participation (50 % avant 2009) |
| Monténégro, Moldavie, Türkiye | direct, 2 tours, 14 jours | |
| Ukraine | direct, 2 tours, 21 jours | |
| Géorgie | indirect depuis 2024 : collège électoral | passage récent du direct à l'indirect |
| Bosnie-Herzégovine | présidence tripartite (bochniaque, croate, serbe), majorité relative dans chaque communauté | |
| Albanie | Parlement, jusqu'à cinq tours à majorité décroissante | |
| Saint-Marin | deux Capitaines-régents élus par le Grand Conseil pour six mois | mandat le plus court d'Europe |
| Andorre | co-princes non élus : le président de la République française et l'évêque d'Urgell |
Monarchies (chef de l'État non élu) : Belgique, Danemark, Espagne, Liechtenstein, Luxembourg, Monaco, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède.
Deux enseignements directement transposables :
- Le quorum de participation est un dispositif qui a été essayé, et abandonné. La Serbie a invalidé trois élections présidentielles consécutives entre 2002 et 2003 faute de participation, avant de supprimer la règle. La Macédoine du Nord l'a abaissée de 50 % à 40 %. Le débat français récurrent sur la reconnaissance du vote blanc ou sur un seuil de légitimité se heurte exactement à ce précédent : un quorum non atteint ne produit pas un président plus légitime, il produit l'absence de président.
- L'exécutif collégial existe (Suisse, Bosnie) et fonctionne. L'idée qu'un chef d'État doive être une personne unique désignée par un scrutin national n'est pas une nécessité institutionnelle.
4.4 Hors d'Europe : les variantes notables
| Pays | Mode | Particularité |
|---|---|---|
| États-Unis | collège électoral de 538 grands électeurs, majorité relative par État (sauf Maine et Nebraska, répartition par district) | 270 voix requises ; à défaut, élection contingente par la Chambre, un vote par État. Maine (depuis 2020) et Alaska (depuis 2024) désignent leurs grands électeurs au vote classé |
| Argentine | seuil abaissé : élu au 1er tour avec 45 %, ou 40 % assortis de 10 points d'avance ; sinon ballotage dans les 30 jours (art. 96 à 98 de la Constitution) | la règle la plus fine du monde en matière de seuil |
| Costa Rica | élu au 1er tour avec 40 % | seuil le plus bas parmi les démocraties consolidées |
| Brésil | 2 tours, environ 4 semaines, vote obligatoire, urnes électroniques sans trace papier | |
| Chili, Colombie, Pérou | 2 tours à 50 % | |
| Mexique | un seul tour, majorité relative, mandat de six ans non renouvelable | |
| Corée du Sud | un seul tour, majorité relative, mandat de cinq ans non renouvelable | |
| Taïwan, Philippines | un seul tour, majorité relative | |
| Indonésie | 50 % des voix ET 20 % dans au moins la moitié des provinces | exigence de répartition géographique |
| Nigeria | majorité relative ET 25 % dans les deux tiers des 36 États plus le territoire fédéral | |
| Kenya | 50 % + 1 ET 25 % dans plus de la moitié des 47 comtés | |
| Inde | collège électoral (parlementaires + assemblées d'État), vote unique transférable, voix pondérées | voir § 6.2 |
| Sri Lanka | direct, vote contingent à trois préférences | voir § 6.2 |
| Israël, Afrique du Sud | président élu par le Parlement | |
| Singapour | direct, majorité relative, conditions d'éligibilité très restrictives |
Ce que cette colonne « particularité » met en évidence. Le problème que le second tour français résout — empêcher qu'un président soit élu par une pluralité étroite — admet au moins trois autres solutions, toutes en vigueur :
- abaisser le seuil du premier tour au lieu d'organiser un second (Argentine 45 % ou 40 %+10, Costa Rica 40 %) : moins cher, plus rapide, mais accepte un président minoritaire ;
- exiger une répartition géographique (Nigeria, Kenya, Indonésie) : le président doit prouver une assise dans l'ensemble du territoire, pas seulement un total national ;
- transférer les préférences en un seul scrutin (Irlande, Sri Lanka, Maine, Alaska) : voir § 6.
Aucune n'est intrinsèquement supérieure. Mais toutes répondent à la même question que la France a tranchée en 1962, et la trancher autrement reste techniquement possible.
Limite : ce tableau consigne des règles constitutionnelles de droit positif, vérifiées pour l'Argentine, l'Indonésie, le Nigeria et le Kenya. Les autres lignes relèvent de la connaissance générale et devraient être re-sourcées sur le texte constitutionnel du pays concerné avant toute publication.
4.5 La vraie singularité française : la forme du bulletin
| France | Espagne | Reste de l'UE (règle générale) | |
|---|---|---|---|
| Forme | un bulletin par candidat, pris sur une table | une papeleta par candidature, glissée dans une enveloppe | bulletin unique officiel, l'électeur coche |
| Impression | candidats (sauf présidentielle : l'administration) | l'Administration garantit la disponibilité des papeletas et enveloppes, sans préjudice de leur confection par les formations politiques | l'État |
| Coût | avancé par les candidats, remboursé au-dessus d'un seuil | subvention de 0,18 € par électeur pour l'envoi direct des enveloppes et papeletas, sous condition de représentativité | budget public |
Sources : Sénat, LC 298, LOREG, art. 70 et 71 (Junta Electoral Central).
Limite à assumer : la colonne « reste de l'UE » est une règle générale, documentée pièce par pièce seulement pour l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis via l'étude LC 298. Avant publication, chaque pays cité devrait être re-sourcé sur son propre code électoral ou un rapport d'observation OSCE/BIDDH.
4.6 Ce que la comparaison met en évidence
- Le bulletin unique supprime par construction trois problèmes français : l'inégalité de moyens d'impression entre candidats, la pénurie de papier, et la rupture de stock de bulletins dans un bureau de vote en fin de journée.
- Il en crée d'autres, documentés ailleurs : effet d'ordre sur le bulletin (d'où le tirage au sort proposé par la PPL sénatoriale de 2019), et lisibilité dégradée quand les candidatures sont nombreuses.
- Le vote obligatoire (Belgique, Luxembourg, Grèce, Brésil), le vote sur plusieurs jours (Tchéquie), le quorum de participation (Macédoine du Nord) et le seuil abaissé de premier tour (Argentine, Costa Rica) sont quatre leviers qui n'ont jamais été retenus en France.
5. Les seconds tours de la Ve République, rapportés aux inscrits
5.1 Tableau
Tous les chiffres sont ceux du second tour. Les colonnes « % inscrits » rapportent les voix de chaque candidat au nombre d'électeurs inscrits, et non aux suffrages exprimés.
| Année | Pop. en âge de voter¹ | Inscrits | Votants | Blancs + nuls | Exprimés | Élu — voix | % inscrits | Battu — voix | % inscrits | Blancs/nuls, % inscrits | Abst. + blancs/nuls, % inscrits |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1965 | 31 567 529 | 28 902 704 | 24 371 647 | 668 213 | 23 703 434 | Charles de Gaulle — 13 083 699 | 45,3 % | François Mitterrand — 10 619 735 | 36,7 % | 2,3 % | 18,0 % |
| 1969 | 32 678 101 | 29 500 334 | 20 311 287 | 1 303 798 | 19 007 489 | Georges POMPIDOU — 11 064 371 | 37,5 % | Alain POHER — 7 943 118 | 26,9 % | 4,4 % | 35,6 % |
| 1974 | 34 671 683 | 30 600 775 | 26 724 595 | 356 788 | 26 367 807 | Valéry Giscard d'Estaing — 13 396 203 | 43,8 % | François Mitterrand — 12 971 604 | 42,4 % | 1,2 % | 13,8 % |
| 1981 | 39 496 210 | 36 398 762 | 31 249 552 | 898 984 | 30 350 568 | François Mitterrand — 15 708 262 | 43,2 % | Valéry Giscard d'Estaing — 14 642 306 | 40,2 % | 2,5 % | 16,6 % |
| 1988 | 41 965 118 | 38 168 869 | 32 085 071 | 1 161 822 | 30 923 249 | François MITTERRAND — 16 704 279 | 43,8 % | Jacques CHIRAC — 14 218 970 | 37,3 % | 3,0 % | 19,0 % |
| 1995 | 45 249 986 | 39 976 944 | 31 845 819 | 1 902 148 | 29 943 671 | Jacques Chirac — 15 763 027 | 39,4 % | Lionel Jospin — 14 180 644 | 35,5 % | 4,8 % | 25,1 % |
| 2002 | 47 441 280 | 41 191 169 | 32 832 295 | 1 769 307 | 31 062 988 | Jacques CHIRAC — 25 537 956 | 62,0 % | Jean-Marie LE PEN — 5 525 032 | 13,4 % | 4,3 % | 24,6 % |
| 2007 | 49 464 893 | 44 472 733 | 37 342 004 | 1 568 426 | 35 773 578 | Nicolas SARKOZY — 18 983 138 | 42,7 % | Ségolène ROYAL — 16 790 440 | 37,8 % | 3,5 % | 19,6 % |
| 2012 | 50 838 600 | 46 066 307 | 37 016 309 | 2 154 956 | 34 861 353 | François HOLLANDE — 18 000 668 | 39,1 % | Nicolas SARKOZY — 16 860 685 | 36,6 % | 4,7 % | 24,3 % |
| 2017 | 52 120 048 | 47 568 693 | 35 467 327 | 4 085 724 | 31 381 603 | Emmanuel Macron — 20 743 128 | 43,6 % | Marine Le Pen — 10 638 475 | 22,4 % | 8,6 % | 34,0 % |
| 2022 | 53 724 361 | 48 752 339 | 35 096 478 | 3 039 153 | 32 057 325 | Emmanuel MACRON — 18 768 639 | 38,5 % | Marine LE PEN — 13 288 686 | 27,3 % | 6,2 % | 34,2 % |
¹ Population résidente ayant l'âge légal de voter, France entière à partir de 1995, France métropolitaine avant. Voir § 5.2 pour la méthode et ses limites.
La colonne « Blancs + nuls » est calculée (votants − exprimés) : avant 2017, aucune
proclamation ne publie ce détail. Voir § 5.2.
5.2 Méthode, et ce que le tableau ne dit pas
Résultats électoraux. Ils viennent des décisions de proclamation du Conseil constitutionnel,
une par scrutin, publiées au Journal officiel — pas des chiffres du ministère de l'Intérieur
annoncés le soir du vote. La distinction n'est pas formelle : le Conseil tranche les réclamations
et peut annuler les suffrages de bureaux entiers avant d'arrêter les totaux. Seuls les siens
font foi. Les onze références sont dans ref.pdr_proclamation.
Blancs et nuls : une colonne dérivée, pas une colonne publiée. C'est le point le plus
important de ce tableau et le plus facile à manquer. Avant 2017, les proclamations ne publient
ni les blancs ni les nuls — seulement inscrits, votants et suffrages exprimés. La colonne
« Blancs + nuls » est donc partout un calcul : votants − suffrages exprimés. Le détail
n'existe qu'à partir de 2017 (blancs seuls : 3 021 499, les nuls s'en déduisent par
soustraction) et de 2022 (blancs 2 233 904 et nuls 805 249, les deux proclamés).
Dans la base, blancs et nuls sont donc NULL avant 2017 : non publié n'est pas zéro.
Âge légal de vote. 21 ans jusqu'en 1974 inclus — la loi abaissant la majorité à 18 ans date
du 5 juillet 1974, soit après le scrutin des 5 et 19 mai 1974. Donc : seuil à 21 ans
pour 1965, 1969 et 1974 ; 18 ans à partir de 1981. La règle est dans
ref.age_legal_vote, pas dans un commentaire de code : c'est une erreur d'un an qui fausserait
silencieusement soixante ans de série.
Population en âge de voter. Somme des âges au-dessus du seuil légal dans le fichier INSEE Population au 1er janvier par âge détaillé (séries longues 1901-2025), interpolée linéairement à la date exacte du second tour entre les deux 1er janvier encadrants.
Une chausse-trappe a été trouvée en chargeant ce fichier, et elle mérite d'être signalée : la
dernière ligne de chaque feuille n'est pas un âge mais une tranche ouverte — « 100 ou
plus » en 1965, « 105 ou plus » en 2022. Un filtre « l'âge est un entier », qui est le réflexe
naturel, la laisse tomber sans rien dire. L'erreur est faible (un millier de personnes en 1965,
une trentaine de milliers en 2022) mais elle est systématique et toujours dans le même sens.
La table porte donc un drapeau age_ouvert.
Trois limites qui restent, et qu'aucun chargement ne corrigera :
- La colonne compte tous les résidents de l'âge requis, étrangers compris, qui ne votent pas à la présidentielle. Ce n'est pas le corps électoral potentiel, mais l'indicateur international standard (voting age population).
- Elle ne compte pas les Français établis hors de France, qui sont inscrits (environ 1,4 million en 2022).
- Le champ change en 1995 : France métropolitaine avant, France entière (DOM inclus) ensuite.
La rupture est visible entre 1988 et 1995 et ne doit pas être lue comme une évolution. La vue
expose la colonne
champprécisément pour qu'on ne puisse pas l'ignorer.
Point de calage pour 2022 : l'INSEE dénombre 49,9 millions de Français de 18 ans ou plus résidant en France (hors Mayotte), dont 5,8 %, soit 2,9 millions, ne sont pas inscrits. Rapporté aux 53,7 millions de résidents majeurs de la première colonne, l'écart de ~3,8 millions correspond aux résidents étrangers majeurs. Les deux séries se referment. Source : INSEE — élection présidentielle 2022, inscription sur les listes.
5.3 Où ces chiffres vivent dans la base
Ces données ne sont plus établies à la main : elles sont chargées, scellées et contrôlées par
le pipeline. go run ./cmd/ingest -only=presidentielle.
| Objet | Contenu | Source | Niveau |
|---|---|---|---|
ref.pdr_proclamation |
les onze décisions : numéro, date, URL, référence JORF, ECLI | semée en migration, vérifiée pièce par pièce | liste éditoriale |
core.pdr_resultat |
inscrits, votants, blancs, nuls, exprimés | extraits du document scellé | PRIMARY_OFFICIAL |
core.pdr_voix |
voix par candidat, drapeau elu |
idem | PRIMARY_OFFICIAL |
core.population_age |
population au 1er janvier par âge, 1901-2025, deux champs | INSEE, séries longues | PRIMARY_OFFICIAL |
ref.age_legal_vote |
21 ans puis 18 ans, avec le fondement légal | semée en migration | référentiel |
derived.pdr_corps_electoral |
population en âge de voter à la date du tour | vue, method_version portée |
dérivé |
core.turnout_election |
participation comparée, 3 912 élections nationales | International IDEA | SECONDARY_PRESS, RESTRICTED |
Le partage entre la table semée et le connecteur n'est pas arbitraire. La liste des onze décisions est figée et se vérifie à l'œil : elle est semée. Les chiffres, eux, ne sont jamais écrits à la main dans une migration — ils sont extraits du document scellé par le connecteur. Un chiffre tapé dans un fichier SQL n'a pas de source, seulement un auteur.
Cinq contrôles ont été ajoutés à cmd/verify, et la publication échoue si l'un d'eux cède :
- les onze proclamations sont chargées ;
- la somme des voix des candidats redonne exactement les suffrages exprimés proclamés — c'est la seule barrière entre une coquille d'extraction et une citation fausse, et le connecteur refuse déjà de charger un tour qui ne boucle pas ;
- les inscrits compilés par International IDEA concordent avec le Conseil constitutionnel ;
- le corps électoral est calculable pour chaque tour ;
- aucun scrutin ne compte plus d'inscrits que de personnes en âge de voter.
Le troisième contrôle a une valeur particulière : l'écart est nul sur les onze scrutins. Une base tierce et une juridiction française, compilées séparément, donnent le même chiffre au vote près. Cela authentifie notre extraction et qualifie la source tierce — et le jour où l'écart cesse d'être nul, c'est que l'un des deux a bougé, ce qu'il faut savoir avant de publier.
Un piège écarté au passage. Le jeu data.gouv Élections présidentielles 1965-2012
ressemble à la source évidente. Il est en réalité publié par Sciences Po / CDSP, pas par le
ministère de l'Intérieur, sous ODbL et non sous Licence Ouverte, il descend de la Banque de
données socio-politiques de Grenoble jusqu'en 2002, et sa dernière mise à jour date de
février 2015. Il vaut SECONDARY_ACADEMIC au mieux. Aller directement aux proclamations
coûtait moins cher et vaut un niveau de preuve de plus.
5.4 Trois lectures que le tableau autorise
- Aucun président de la Ve République n'a jamais été élu par la majorité des inscrits, sauf Jacques Chirac en 2002 (62,0 %) — dans une configuration où le second tour n'était pas un choix politique. Hors 2002, la fourchette va de 37,5 % (Pompidou 1969) à 45,3 % (de Gaulle 1965). Emmanuel Macron en 2022 est à 38,5 %, deuxième plus faible score de la série.
- Le bulletin blanc ou nul du second tour est devenu un vote de masse. De 1,2 % des inscrits en 1974, il passe à 8,6 % en 2017 et 6,2 % en 2022. En 2017, les blancs et nuls (4,09 millions) dépassent de loin l'écart de voix nécessaire à l'élection ; ils constituent un bloc plus nombreux que l'électorat de plusieurs candidats du premier tour.
- Le total « ne se prononce pas » approche le tiers du corps électoral. Abstention + blancs
- nuls : 13,8 % en 1974, 34,0 % en 2017, 34,2 % en 2022. C'est la variable qui s'est le plus déformée en cinquante ans — davantage que les rapports de force partisans.
5.5 La comparaison européenne : le dénominateur, oui ; le vainqueur, non
Question posée : dispose-t-on, pour chaque élection de chaque pays européen, du nombre d'électeurs inscrits et du nombre de voix du vainqueur ? Réponse en deux temps.
Le dénominateur est disponible, et il est chargé. La Voter Turnout Database d'International
IDEA couvre toutes les élections nationales depuis 1945, un tour par ligne, avec inscrits,
votants et population en âge de voter. Pour les quatorze pays de l'Union qui élisent leur
président au suffrage direct, cela donne 198 tours, dont 195 avec les inscrits et 194 avec la
population en âge de voter, du 14 juin 1945 au 8 février 2026 — donc jusqu'au second tour
portugais de cette année. La table est core.turnout_election.
Deux réserves, portées par le schéma lui-même :
- IDEA est un compilateur, pas une autorité électorale :
tier = SECONDARY_PRESS. La concordance parfaite avec le Conseil constitutionnel sur les onze scrutins français est rassurante, elle ne transforme pas une compilation en acte officiel. - IDEA ne publie aucune licence. Or une absence de licence n'est pas une autorisation :
reuse_class = RESTRICTED. Consultable sur le site, jamais reversable dans un export.
Le numérateur n'est disponible nulle part en vrac. Aucun jeu de données public ne donne les voix du vainqueur pour chaque élection présidentielle européenne :
| Piste | Ce qu'elle donne | Verdict |
|---|---|---|
| International IDEA | inscrits, votants, VAP | aucun résultat nominatif — la base ne contient pas de candidats |
| Wikidata (SPARQL, CC0) | structuré, licence idéale | 565 élections présidentielles européennes recensées, 69 avec les inscrits (12 %), 38 avec les voix du vainqueur (7 %) — inexploitable |
| IFES ElectionGuide | inscrits et résultats par candidat | pas d'export en vrac, pas de licence ouverte, couverture à partir des années 1990 |
| data.gouv / Sciences Po | France seulement | hors sujet ici |
| Commissions électorales nationales | tout, et de première main | quatorze sites, quatorze formats, quatorze langues — un connecteur par pays |
Le chiffre à retenir est celui de Wikidata : 7 %. Ce n'est pas une lacune à combler par une requête mieux écrite, c'est l'absence du fait lui-même dans la base.
Ce qui n'a donc pas été fait, et pourquoi. Remplir cette colonne suppose soit quatorze
connecteurs nationaux, soit une saisie manuelle sourcée scrutin par scrutin. Les deux sont
faisables ; aucun des deux ne se bricole en passant. En attendant, core.turnout_election permet
déjà de comparer les participations — et c'est sur la participation, pas sur le score du
vainqueur, que la France se distingue le plus nettement de ses voisins.
6. Le vote unique transférable, et les autres familles de scrutin
6.1 Ce que c'est, et pourquoi la question du « STV présidentiel » est mal posée
Le vote unique transférable est un scrutin proportionnel de liste ouverte à sièges multiples : l'électeur classe les candidats par ordre de préférence ; un quota d'élection est calculé ; les voix excédentaires des élus et les voix des éliminés sont transférées selon les préférences suivantes, jusqu'à pourvoir tous les sièges.
Sa proportionnalité vient du nombre de sièges. Sur un siège unique — ce qu'est par définition une présidence — le mécanisme dégénère mathématiquement en vote alternatif (instant-runoff voting) : on élimine le dernier et on transfère, jusqu'à ce qu'un candidat dépasse 50 %. Il n'y a donc aucun pays qui élise un président au VUT proportionnel, et il ne peut pas y en avoir. La vraie question comparative est : vote alternatif en un tour, ou scrutin à deux tours ?
6.2 Là où un chef d'État est élu au vote classé
| Pays | Dispositif | Statut |
|---|---|---|
| Irlande | Suffrage direct. L'art. 12 de la Constitution dispose que le président est élu « au scrutin secret et selon le système de la représentation proportionnelle au moyen du vote unique transférable » — sur un siège unique, c'est un vote alternatif. | En vigueur depuis 1937 |
| Inde | Collège électoral (parlementaires + membres des assemblées d'État, voix pondérées). L'art. 55 de la Constitution impose la « représentation proportionnelle au moyen du vote unique transférable », bulletin secret, préférences numérotées 1, 2, 3… | En vigueur depuis 1950 ; même système pour la vice-présidence et le Rajya Sabha |
| Sri Lanka | Suffrage direct, vote contingent : l'électeur classe jusqu'à trois préférences. Si personne n'atteint 50 %, on ne garde que les deux premiers et on redistribue. | En vigueur depuis 1978 |
| États-Unis (Maine, Alaska) | Vote classé (ranked-choice voting) appliqué à l'élection présidentielle au niveau de l'État : Maine depuis 2020, Alaska depuis 2024. | En vigueur |
Ce que donne le dispositif irlandais en pratique. Le transfert a effectivement départagé plusieurs présidences, notamment 1990 (Mary Robinson, devancée au premier décompte, élue sur les transferts) et 2011 (Michael D. Higgins, 39,6 % au premier décompte, élu au quatrième). L'élection du 24 octobre 2025 a en revanche été acquise dès le premier décompte : Catherine Connolly, 914 143 voix de première préférence (63,4 %), record de la fonction. Elle est aussi remarquable par son revers : 213 738 bulletins blancs ou nuls, soit 13 % du total, pour une participation de 46 % — le classement des préférences n'immunise pas contre le vote de rejet. Source : Élection présidentielle irlandaise de 2025.
Sri Lanka, 2024 : pour la première fois depuis 1978, aucun candidat n'a franchi 50 % au premier décompte. Anura Kumara Dissanayake (42,3 %) a été élu après redistribution des deuxièmes et troisièmes préférences. Le dispositif, dormant pendant 46 ans, a fonctionné. Source : Al Jazeera, 22 septembre 2024.
6.3 Là où le VUT est réellement utilisé (sièges multiples)
| Territoire | Assemblée | Depuis |
|---|---|---|
| Irlande | Dáil Éireann (chambre basse), Seanad, conseils locaux, ex-élections européennes | 1922 |
| Malte | Chambre des représentants | 1921 |
| Australie | Sénat fédéral, plusieurs chambres hautes d'États, Tasmanie et ACT (Hare-Clark) | 1949 (Sénat) |
| Irlande du Nord | Assemblée, conseils locaux | 1973 |
| Écosse | Élections locales | 2007 |
| Inde, Népal, Pakistan | Chambres hautes (Rajya Sabha, Assemblée nationale, Sénat) | — |
| États-Unis | Cambridge (Massachusetts) ; Portland (Oregon) depuis 2024 — 12 sièges, 4 districts de 3 | 1941 / 2024 |
Portland est le cas récent le plus documenté : première grande ville américaine à revenir au VUT depuis le début des années 1960, avec une analyse publiée du scrutin de 2024. Source : MGGG Redistricting Lab — Study of the 2024 STV City Council Election in Portland.
6.4 Où se situe le VUT parmi les familles de scrutin
Le VUT n'est pas une curiosité isolée : c'est une case dans une typologie. La connaître évite deux erreurs courantes — croire que « proportionnelle » désigne un système unique, et croire que le choix se limite à « majoritaire ou proportionnel ».
A. Scrutins à siège unique
| Système | Mécanisme | Où il est en vigueur |
|---|---|---|
| Majorité relative (first past the post) | le plus de voix gagne, un seul tour | Royaume-Uni, Canada, Inde (Lok Sabha), États-Unis, Islande (présidence) |
| Deux tours à majorité absolue | 50 % requis, sinon duel | présidentielle française, majorité des présidentielles du monde |
| Deux tours « majorité-pluralité » | seuil de maintien au 2e tour, gagné à la majorité relative | législatives françaises (seuil de 12,5 % des inscrits) |
| Vote alternatif (instant-runoff) | classement, élimination du dernier, transfert | Australie (Chambre), Irlande (présidence), Maine et Alaska (présidentielle) |
| Vote contingent | classement limité, une seule redistribution | Sri Lanka (3 préférences) |
| Supplementary vote | deux préférences seulement | maires britanniques de 1999 à 2021 — abandonné en 2022 au profit de la majorité relative |
| Scrutin à tours illimités (exhaustive ballot) | on revote jusqu'à obtention de la majorité | présidences italienne et allemande, conclave, CIO |
| Borda / Dowdall | points décroissants selon le rang | Nauru, variante décimalisée conçue en 1971 par Desmond Dowdall |
| Condorcet | comparaisons par paires | aucune élection publique ; utilisé par Debian, Wikimedia |
| Vote par approbation | on coche autant de candidats qu'on veut | Fargo (Dakota du Nord) depuis 2018, Saint-Louis (Missouri) depuis 2021 |
B. Scrutins à sièges multiples, non proportionnels
| Système | Mécanisme | Où il est en vigueur |
|---|---|---|
| Plurinominal majoritaire (block vote) | autant de voix que de sièges | municipales françaises de moins de 1 000 habitants jusqu'en 2026, avec panachage |
| Party block vote | on vote pour une équipe entière | Singapour (GRC), Djibouti |
| Vote limité | moins de voix que de sièges, ce qui ménage la minorité | Sénat espagnol (3 voix pour 4 sièges) |
| Vote unique non transférable (SNTV) | une seule voix, pas de transfert | Japon jusqu'en 1994, Taïwan jusqu'en 2008, Vanuatu, Afghanistan |
| Vote cumulatif | plusieurs voix cumulables sur un même candidat | quelques collectivités américaines |
C. Scrutins proportionnels
| Variante | Ce que l'électeur contrôle | Où |
|---|---|---|
| Liste bloquée | rien au-delà du parti | Espagne, Portugal, Israël, européennes et régionales françaises |
| Liste ouverte | l'ordre des candidats du parti choisi | Finlande, Pays-Bas, Suède, Pologne, Brésil |
| Liste libre, panachage et cumul | la composition du bulletin lui-même : mélanger les partis, donner deux voix au même candidat | Suisse, Luxembourg |
| Vote unique transférable | l'ordre complet, tous partis confondus | Irlande, Malte, Sénat australien, locales écossaises, Portland |
À quoi s'ajoute le choix de la méthode de répartition, qui modifie le résultat à voix identiques :
- plus forte moyenne — D'Hondt (avantage systématique aux grandes listes, utilisé en France) ou Sainte-Laguë (nettement plus neutre, pays nordiques, Allemagne) ;
- plus fort reste — quotients de Hare, Droop ou Imperiali ;
- répartition biproportionnelle — le « doppelter Pukelsheim », adopté par le canton de Zurich en 2006 puis par d'autres cantons suisses : la proportionnalité est garantie simultanément entre partis et entre circonscriptions, ce que ni D'Hondt ni Sainte-Laguë ne savent faire seuls.
D. Systèmes mixtes
| Système | Mécanisme | Où |
|---|---|---|
| Proportionnel compensatoire (MMP / AMS) | les sièges de liste corrigent les distorsions du scrutin majoritaire | Allemagne, Nouvelle-Zélande, Écosse, Pays de Galles, Bolivie, Lesotho |
| Parallèle (MMM) | les deux scrutins coexistent sans compensation | Japon, Lituanie, Italie depuis 2017 |
| Prime majoritaire | un bloc de sièges attribué d'office à la liste en tête | municipales et régionales françaises, Grèce, Italie de 2005 à 2017 |
6.5 Trois faits que cette typologie rend visibles
- La France fait coexister au moins cinq systèmes différents. Deux tours à majorité absolue (présidentielle), deux tours majorité-pluralité avec seuil sur les inscrits (législatives), liste à prime majoritaire (municipales, régionales), liste bloquée proportionnelle (européennes), et majoritaire ou proportionnel selon la taille du département (sénatoriales). Comparer « la France » à un autre pays sans préciser quel scrutin n'a aucun sens.
- En 2026, la France a supprimé son dernier scrutin où l'électeur composait son bulletin. Le panachage dans les communes de moins de 1 000 habitants était l'équivalent fonctionnel du système suisse et luxembourgeois — le seul endroit du droit français où l'électeur n'était pas contraint de ratifier une liste préétablie. C'est un fait rarement relevé dans les commentaires sur la loi du 21 mai 2025.
- Le mode de répartition n'est pas un détail technique. À bulletins strictement identiques, D'Hondt et Sainte-Laguë ne donnent pas la même assemblée. Tout débat français sur « la proportionnelle » qui ne précise pas la méthode de répartition, le seuil et la taille des circonscriptions ne dit à peu près rien.
6.6 Ce qu'il faut en retenir pour la France
- Le VUT n'est pas une alternative au scrutin présidentiel : sur un siège, il est équivalent au vote alternatif.
- Le vote alternatif supprime l'entre-deux-tours — donc le débat, la renégociation des soutiens, et la réimpression du matériel — et fait disparaître la distinction entre « vote utile » et « vote de conviction » au premier tour.
- Il ne supprime ni le vote blanc ni l'abstention : l'Irlande 2025 en fournit le contre-exemple direct, avec 13 % de bulletins invalides et 46 % de participation.
- Là où le VUT changerait réellement quelque chose en France, c'est sur les scrutins à sièges multiples — municipales, régionales, européennes, ou une éventuelle proportionnelle aux législatives. C'est là qu'il faudrait porter le comparatif si le sujet est repris.
7. Points ouverts
- Nombre réel de fournisseurs de papier électoral. À trancher via les marchés publics du ministère de l'Intérieur, les statistiques Copacel par sorte de papier, et les arrêtés de tarifs maxima. L'affirmation « deux entreprises » et celle d'un achat de capacité par les grands partis ne sont, en l'état, pas documentées.
- Colonne « forme du bulletin » du § 4.5 et tableau hors Europe du § 4.4 : re-sourcer pays par pays sur le texte constitutionnel concerné avant toute publication.
- Population en âge de voter de nationalité française : la série ne remonte de façon fiable qu'aux recensements récents. Reconstituer une série 1965-2022 supposerait de croiser population par âge et population par nationalité, avec une incertitude qu'il faudrait afficher.
- Coût unitaire du bulletin par élection, à partir des arrêtés de tarifs maxima : permettrait de chiffrer précisément l'avance de trésorerie exigée d'un candidat non remboursé.
- Voix du vainqueur dans les autres pays européens (§ 5.5). Le dénominateur est chargé, le numérateur n'existe dans aucune source en vrac : 7 % de couverture sur Wikidata. Il faut soit quatorze connecteurs nationaux, soit une saisie sourcée scrutin par scrutin. À arbitrer.
- Premiers tours de la présidentielle.
ref.pdr_proclamationa une colonnetouret n'est semée qu'avec les seconds. Les déclarations de premier tour existent au même endroit et se chargeraient avec le même connecteur, sans une ligne de code de plus. - Rattachement des candidats à
core.person.core.pdr_voixporte le nom tel que la décision l'écrit — « Charles de Gaulle », mais « Georges POMPIDOU ». Relier ces chaînes à des fiches est une décision éditoriale : elle appelle une table de liaison avec son motif, jamais une normalisation silencieuse à l'ingestion.
Versions
- Version 4 (15 septembre 2026) : en-tête commun des documents de méthode (perimetre.md § 2.8, D-066).
- Version 3 (12 septembre 2026) : document de revue des modes de scrutin, bulletins et participation.
Rendu intégralement depuis
docs/scrutins-et-bulletins.md à la construction du site. Le texte n'est ni résumé ni
réécrit : c'est celui que relit un contributeur, et toute modification y est une diff.