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La retraite en France : dépense, pensions, minimum vieillesse
Combien coûte le système de retraite et comment ce coût a-t-il évolué, comment les pensions se distribuent-elles réellement, et que dit le minimum vieillesse d'un système par répartition ? Le financement par cotisations est traité dans le dossier cotisations-et-droits.md, sur lequel celui-ci s'appuie.
1 texte de cadre · 1 constat d'institutions de contrôle, chacun relu dans sa source.
Contexte
Dans les comptes rendus de séance de l'Assemblée nationale chargés (du 18 juillet 2024 au 21 juillet 2026), les interventions qui emploient les mots du dossier :
Interventions en séance publique de l'Assemblée nationale qui emploient ces mots. Une mention ne dit pas la position de l'orateur.
Enjeux
- 2025
Les dépenses de retraite rapportées au PIB, indicateur de soutenabilité
Le COR retient la part des dépenses de retraite dans le PIB comme indicateur déterminant de la soutenabilité financière du système.
officiel Conseil d'orientation des retraites (rapport annuel 2025) · source
Cadre
- 2023
La loi de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023
Son article 10 porte l'âge d'ouverture des droits à la retraite à soixante-quatre ans, progressivement selon la génération.
officiel Parlement (loi n° 2023-270) · source
Contrôles et évaluations
- 2025
407 Md€ de dépenses de retraite en 2024, 13,9 % du PIB ; un déficit de 1,7 Md€
Le COR évalue les dépenses de retraite à 407 Md€ en 2024 (13,9 % du PIB, 24,4 % des dépenses publiques) et le solde du système à −1,7 Md€, hors produits et charges financiers.
officiel Conseil d'orientation des retraites (rapport annuel 2025) · source
Situation chiffrée
1. La dépense : la plus grosse fonction de la protection sociale
Cette série (Drees, comptes de la protection sociale, tous régimes, 2024) :
| fonction | Md€ |
|---|---|
| VIEILLESSE (pensions de droit direct et dérivé) | 381,6 |
| VIEILLESSE-SURVIE (vieillesse + pensions de réversion) | 426,7 |
La vieillesse est, à elle seule, la première fonction de la protection sociale française — devant la santé (338,9 Md€, docs/cotisations-et-droits.md § 4) — et de très loin la plus contributive (§ 4 de cette même note : 402,9 Md€ sur 426,7 relèvent d'un droit ouvert par la cotisation, pas par la condition de ressources).
La comparaison européenne harmonisée (Eurostat ESSPROS) situe la trajectoire dans le temps :
| année | Md€ |
|---|---|
| 1990 | 89,9 |
| 2000 | 151,0 |
| 2010 | 246,3 |
| 2020 | 319,5 |
| 2023 | 357,5 |
Multiplication par quatre en trente-trois ans. Deux moteurs, dans des proportions que cette seule série ne permet pas de départager : l'augmentation du nombre de retraités (vieillissement démographique, entrées des générations nombreuses de l'après-guerre) et la revalorisation des pensions moyennes au fil des carrières plus longues et mieux rémunérées.
2. La distribution des pensions : ce qu'une moyenne ne dit pas
Cette série (Drees, Échantillon interrégimes de retraités 2020, pension brute de droit direct, 46 tranches de 100 €) — déjà chargée pour la micro-simulation du revenu universel (docs/revenu-universel-microsimulation.md § 3.1), et directement réutilisable ici :
| tranche | part des retraités |
|---|---|
| 800-900 € | 5,24 % (la plus fréquente) |
| 900-1 000 € | 4,65 % |
| 1 300-1 500 € | 8,92 % (deux tranches cumulées) |
50,3 % des retraités de droit direct perçoivent une pension brute inférieure au seuil de pauvreté (1 288 €, voir docs/revenu-universel-microsimulation.md § 3.1) — un fait que la seule pension moyenne (autour de 1 660-1 670 € bruts, tous régimes et compléments confondus) ne montre pas : une distribution étalée sur plus de 4 500 € masque une moitié de la population sous un seuil précis. La dispersion par sexe (le même fichier source) est documentée dans docs/revenu-universel-microsimulation.md § A.1 : la pension moyenne des femmes (1 306 € bruts) est déjà sous le seuil de pauvreté à elle seule.
3. L'âge de départ : ce que les réformes changent, visible année par année
Cette série (Drees, âge CONJONCTUREL moyen de départ — calculé sur les seuls départs d'une année donnée, comme un indice conjoncturel de fécondité, pas l'âge réel d'une génération) :
| année | femmes | hommes | ensemble |
|---|---|---|---|
| 2004 | 61,12 | 60,06 | 60,59 |
| 2010 | 60,83 | 60,15 | 60,49 (plus bas de la série) |
| 2022 | 63,00 | 62,33 | 62,68 |
L'âge de départ a d'abord légèrement BAISSÉ entre 2004 et 2010 (les dispositifs de carrière longue introduits en 2003 ont permis des départs anticipés), avant de remonter fortement à partir de 2011 — l'effet direct de la réforme de 2010, qui relève progressivement l'âge légal de 60 à 62 ans. En douze ans (2010-2022), l'âge conjoncturel moyen a gagné plus de deux ans, la hausse la plus rapide et la plus continue de la série chargée.
Les femmes partent systématiquement plus tard que les hommes sur toute la série — un écart qui se réduit dans le temps (1,06 an en 2004, 0,67 an en 2022) mais ne s'annule pas : conséquence de carrières en moyenne plus courtes ou plus hachées, qui obligent à attendre l'âge d'annulation de la décote pour partir sans pension réduite.
4. Le minimum vieillesse (ASV puis ASPA) : une trajectoire en U
Cette série, dispositif ASV_ASPA (Allocation supplémentaire vieillesse jusqu'en
2006, Allocation de solidarité aux personnes âgées depuis le 13 janvier 2007 — la
Drees les suit comme une seule série continue) :
| année | allocataires |
|---|---|
| 1990 | 1 182 900 |
| 2000 | 686 000 |
| 2010 | 511 200 (plus bas de la série) |
| 2024 | 693 200 |
Le nombre de bénéficiaires du minimum vieillesse a baissé pendant vingt ans, puis remonte depuis le milieu des années 2010. La baisse initiale reflète l'amélioration progressive des carrières et des droits propres, notamment des femmes ; la remontée récente coïncide avec l'arrivée à la retraite de générations aux carrières plus hachées (chômage, temps partiel subi) et avec un changement de méthode de comptage introduit en 2021 par la Drees (les effectifs sont désormais comptés en date d'entrée en jouissance du droit, plutôt qu'en date de versement selon les caisses) — une partie de la hausse récente est donc une rupture de série documentée par la source, pas seulement un effet démographique, et les deux ne sont pas séparables avec les seules données publiées.
Dépense (Md€ constants 2024) : 2 453 M€ en 2009 → 4 586 M€ en 2024, soit +87 % — une hausse bien supérieure à celle des effectifs (+34 % sur la même période, 2009 : 517 000 → 2024 : 693 200), qui traduit une revalorisation réelle du montant individuel de l'Aspa, pas seulement davantage de bénéficiaires.
5. Le taux de remplacement : ce que la pension remplace vraiment
Cette série (Drees, cohortes 2012-2020, quantiles à 10, 25, 50, 75 et 90 %) mesure la part du revenu d'avant la retraite que la pension remplace — 100 signifie une pension égale au revenu antérieur. Rapporté au niveau de vie (qui lisse les revenus au sein du ménage, pas seulement le revenu personnel), cohorte 2020 :
| q10 | q25 | médiane | q75 | q90 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Ensemble | 66,3 | 80,9 | 97,4 | 118,5 | 150,9 |
| Femmes | 68,4 | 82,9 | 99,0 | 119,0 | 148,1 |
| Hommes | 64,1 | 78,9 | 95,4 | 117,5 | 155,3 |
La moitié des nouveaux retraités voient leur niveau de vie proche de ce qu'il était avant la retraite (médiane à 97,4 %), mais la dispersion est large : un dixième garde moins des deux tiers de son niveau de vie antérieur (q10 = 66,3), un dixième voit son niveau de vie augmenter de plus de moitié (q90 = 150,9 — un patrimoine ou des revenus d'activité qui cessent au profit d'une pension plus favorable, ou un conjoint dont la situation change).
Fait à contre-courant de l'intuition : à niveau de vie égal avant la retraite, une carrière incomplète donne un taux de remplacement MÉDIAN plus élevé (102,4) qu'une carrière complète (95,1). Ce n'est pas un avantage aux carrières courtes : c'est l'effet des mécanismes de solidarité (minimum contributif, minimum garanti) qui portent la pension d'une carrière courte à un niveau plancher, proportionnellement plus haut par rapport à un revenu d'activité qui, pour ces mêmes carrières, était déjà plus faible.
Femmes et hommes, à l'inverse, montrent un écart resserré au sommet de la distribution (q90 : 148,1 contre 155,3) mais plus marqué à la médiane (99,0 contre 95,4) — cohérent avec des pensions personnelles plus faibles pour les femmes (§ 2) compensées, au niveau du MÉNAGE, par les revenus du conjoint avant la retraite étant eux-mêmes souvent plus élevés que le revenu propre de la femme, ce qui mécaniquement abaisse la base de comparaison et remonte le taux de remplacement mesuré sur le niveau de vie.
6. Le ratio cotisants / retraités : la pression démographique, chiffrée
Cette série (Insee, 2004-2023, tous régimes) :
| année | cotisants (M) | retraités (M) | ratio |
|---|---|---|---|
| 2004 | 26,2 | 13,0 | 2,02 |
| 2010 | 26,9 | 15,1 | 1,79 |
| 2016 | 27,7 | 16,1 | 1,72 (plus bas de la série) |
| 2020 | 28,6 | 16,7 | 1,72 |
| 2023 | 30,4 | 17,2 | 1,77 |
Le ratio s'est dégradé sans interruption de 2004 à 2016 (2,02 → 1,72) puis s'est stabilisé, voire légèrement redressé, de 2016 à 2023 (1,72 → 1,77) — grâce à une hausse des cotisants (+9,8 % sur la période) plus rapide que celle des retraités (+6,6 %), elle-même en partie l'effet du recul de l'âge de départ mesuré au § 3. Le ratio ne s'est PAS dégradé continûment jusqu'à aujourd'hui, contrairement à une intuition répandue : la dernière décennie chargée ici montre une stabilisation, pas un effondrement.
Ce que les données ne disent pas
7. Ce qui est hors de portée de l'open data
- La distribution des pensions par décile ou par CSP au-delà des 46 tranches de l'EIR 2020 (le prochain échantillon, EIR 2024, n'était pas encore publié au moment de l'écriture).
- Les projections du Conseil d'orientation des retraites (COR) : le jeu data.gouv.fr correspondant est orphelin depuis 2016, organisation supprimée ; les séries actuelles n'existent qu'en XLSX joints aux rapports annuels, sans URL stable d'une édition à l'autre (déjà documenté en docs/budget-donnees.md § 4.3).
- Les éditions annuelles Drees « Effectifs de retraités, montants des
pensions et âges de départ » (jeu de données n° 1393) : une nouvelle
édition par an, sous un nom de fichier et parfois un format (
.xlspuis.xlsx) qui changent d'une année à l'autre, sans schéma commun exploitable par un connecteur unique — la même limite que le détail des titres de séjour par motif en docs/immigration-donnees.md § 7. Un extrait plus étroit mais stable de ce même sujet — le seul âge de départ, sans les effectifs ni les montants — existe séparément et EST chargé (§ 3). - AGIRC-ARRCO (retraite complémentaire, hors LFSS mais dans les administrations de sécurité sociale au sens comptable) : aucun portail d'open data identifié, malgré une recherche dédiée. Les chiffres existent — 20,0 millions de cotisants fin 2023 — mais uniquement dans des publications PDF (« Chiffr'Agirc-Arrco », édition annuelle) et des pages web non structurées (« Cotisants et salaires », agirc-arrco.fr) : rien à télécharger sous une forme qu'un connecteur puisse relire.
- La cotisation retraite isolée dans les encaissements URSSAF : même limite que la cotisation chômage, voir docs/chomage-donnees.md § 4.2 — l'URSSAF ne publie pas ses comptes par branche.
Sources
- Drees, Les comptes de la protection sociale (jeu de données ouvert).
- Eurostat,
spr_exp_fol(dépense ESSPROS, fonction vieillesse). - Drees, Distribution des pensions mensuelles, Échantillon interrégimes de retraités 2020 (jeu de données n° 4178).
- Drees, Minima sociaux, RSA et prime d'activité (jeu de données n° 336), dispositif ASV/ASPA.
- Drees, Âge conjoncturel moyen de départ à la retraite selon le sexe.
- Drees, Répartition des taux de remplacement entre les revenus juste avant et juste après la retraite.
- Insee, Retraités et retraites — fichier « Cotisants et retraités de droit
direct » (
reve-protec-cotisant-retraite.xlsx). - docs/cotisations-et-droits.md, pour le financement par répartition et la distinction contributif/non contributif.
Annexe technique
8. Ce qui est chargé
| # | Source | Chargée pour |
|---|---|---|
| 1 | Drees, comptes de la protection sociale | docs/budget-donnees.md |
| 2 | Eurostat ESSPROS, dépense fonction vieillesse | cette note |
| 3 | Drees, Échantillon interrégimes de retraités 2020 | docs/revenu-universel-microsimulation.md |
| 4 | Drees, minima sociaux — dispositif ASV/ASPA | docs/chomage-donnees.md |
| 5 | Insee, population par âge | docs/revenu-universel-microsimulation.md |
| 6 | Drees, âge conjoncturel moyen de départ à la retraite | cette note |
| 7 | Drees, répartition des taux de remplacement | cette note |
| 8 | Insee, cotisants et retraités de droit direct | cette note |
Les lignes 2, 6, 7 et 8 sont les séries chargées spécifiquement pour cette note ; les quatre autres existaient déjà — la preuve que les sujets de ce projet se recoupent plus qu'ils ne s'empilent.
Versions
- Version 4 (15 septembre 2026) : plan commun des dossiers ; cadre (loi de 2023) et évaluation du Conseil d'orientation des retraites.
- Version 3 (14 septembre 2026) : taux de remplacement par quantile (§ 5), ratio cotisants / retraités (§ 6), absence de données ouvertes AGIRC-ARRCO (§ 7).
- Version 2 : âge de départ à la retraite depuis 2004 (§ 3).
Page construite depuis le dossier
docs/retraite-donnees.md (Dossier · version 4 · 15 septembre 2026) et depuis la base : les faits, les
crédits et les mentions en séance sont relus à chaque construction du site.
Dans la même famille :
Santé et hôpitaux Chômage Pauvreté Sécurité sociale Cotisations et droits.