Accueil › Argent public › Budget de l'État et de la Sécurité sociale
Budget de l'État et budget de la Sécurité sociale : ce que les sources permettent
Comment le budget de l'État et celui de la Sécurité sociale s'articulent-ils, et quelles sources permettent de publier, pour chaque année, un montant voté et un montant exécuté ? Les jeux de données cités ont été interrogés, pas recopiés d'une page de portail : nombre de lignes, licence et date de mise à jour viennent des API des catalogues.
2 textes de cadre · 2 constats d'institutions de contrôle, chacun relu dans sa source.
Le budget de l'État, mois par mois
Ce que l'État a encaissé et décaissé depuis le 1er janvier 2026, tel que la DGFiP le publie chaque mois.
Ces chiffres sont des cumuls, pas des totaux d'année. « −145,9 Md€ » signifie « de janvier à juillet », et se compare au même mois de l'année précédente — jamais à une année pleine. Une situation mensuelle est en outre provisoire et tenue en comptabilité budgétaire (encaissements et décaissements) : le chiffre définitif de l'exercice, arrêté par la loi de règlement, sera différent.
Le solde cumulé, exercice par exercice
Une barre par mois et par exercice : le cumul depuis le 1er janvier. Les exercices partagent la même échelle et la même origine ; ils se comparent colonne à colonne, c'est-à-dire au même mois. Les barres descendent parce que le solde est négatif.
Où va l'argent, où il passe
Les lignes nommées de la situation mensuelle, cumul au juillet 2026 — ce que le tableau détaillé plus bas contient déjà, mais qu'il faut dérouler pour trouver.
Les recettes fiscales
Les dépenses, par nature
« Autres recettes fiscales » agrège tout ce qui n'est ni la TVA, ni l'IR, ni l'IS, ni la TICPE : droits de succession, de mutation, taxes diverses — la source ne les détaille pas plus finement à ce niveau. Les « PSR » (prélèvements sur recettes) sont des versements directs aux collectivités et à l'Union européenne, comptés en dépense ici bien qu'ils ne financent aucune politique de l'État lui-même.
Comptabilité nationale · exercice 2025Le budget de l'État n'est pas le budget public
La comptabilité nationale range les administrations publiques en trois sous-secteurs, dont la somme fait « l'argent public » :
- l'administration centrale — l'État et les organismes qu'il finance directement (universités, agences, opérateurs) ; son budget est la loi de finances ;
- les administrations publiques locales — régions, départements, communes, intercommunalités ; chacune vote le sien ;
- les administrations de sécurité sociale — régimes obligatoires, assurance chômage, retraites complémentaires, hôpitaux ; leur cadre est la loi de financement de la Sécurité sociale.
Trois bourses, votées par des assemblées différentes. Dépenses de l'exercice 2025, en comptabilité nationale — un exercice CLOS et définitif, à ne pas confondre avec le cumul 2026 encore provisoire de la section précédente, ni avec la comptabilité budgétaire du tableau plus bas.
| Sous-secteur | Dépenses | Recettes | Solde | Part des dépenses |
|---|---|---|---|---|
| Administrations de sécurité sociale (S1314) | 803,5 Md€ | 796,8 Md€ | −6,7 Md€ | 47 % |
| Administration centrale (S1311) | 680,8 Md€ | 550,5 Md€ | −130,2 Md€ | 40 % |
| Administrations publiques locales (S1313) | 335,5 Md€ | 319,9 Md€ | −15,6 Md€ | 20 % |
| Toutes administrations publiques (S13) | 1 714,1 Md€ | 1 561,6 Md€ | −152,5 Md€ | 100 % |
Les parts font plus de 100 %, et les dépenses ne s'additionnent pas. La somme des trois sous-secteurs donne 1 819,8 Md€, soit 105,6 Md€ de plus que le total consolidé : une dotation de l'État à une collectivité, ou un transfert à la Sécurité sociale, est une dépense pour celui qui verse et finance une dépense de celui qui reçoit. Le total consolidé ne la compte qu'une fois. Les soldes, eux, s'additionnent exactement : −152,5 Md€ est bien la somme des trois lignes.
Dépenses et recettes publiques, année par année
Toutes administrations publiques, 1995–2025. L'écart entre les deux barres d'une même année est le déficit — ou l'excédent, s'il y en avait eu un.
C'est la Sécurité sociale qui dépense le plus, pas l'État. Le déficit dont parlent les journaux — celui de Maastricht — est le solde de la ligne « toutes administrations publiques », qui est bien la somme des trois soldes. Le −145,9 Md€ en tête de cette page ne concerne que l'État, en comptabilité budgétaire : ni le même périmètre, ni la même règle de comptage.
Depuis quand, exactement
Dépenses de l'administration centrale (S1311) et de la Sécurité sociale (S1314), 1995–2025. La Sécurité sociale dépense plus que l'État à partir de 2006.
La Sécurité sociale n'est plus financée par les cotisations seules
Composition du financement de la protection sociale, en 1990 et en 2023. Deux dates plutôt qu'une série : un empilement en pourcentage année par année devient illisible.
| Ressource | 2023 | Part 2023 | Part 1990 | Écart |
|---|---|---|---|---|
| Cotisations des employeurs | 376,6 Md€ | 38,8 % | 52,5 % | −13,7 % |
| Cotisations des assurés | 154,3 Md€ | 15,9 % | 27,4 % | −11,5 % |
| Recettes fiscales affectées | 289,3 Md€ | 29,8 % | 3,5 % | +26,4 % |
| Recettes fiscales générales | 131,2 Md€ | 13,5 % | 14,2 % | −0,6 % |
Ce déplacement est le résultat de décisions successives, et ce site n'en attribue aucune. Une part croissante de recettes fiscales — CSG, fraction de TVA affectée, compensation des exonérations de cotisations — a remplacé une part des cotisations. Le mécanisme, texte par texte, est décrit dans le document de méthode sur les deux budgets, avec la loi Veil de 1994 sur la compensation intégrale et ce qu'il en reste. Les prestations, elles, sont sur leur propre page →
Les exonérations de cotisations, et ce qui n'est pas compensé
2,63 Md€ d'exonérations de cotisations restent officiellement non compensées par l'État en 2026. C'est une perte de recettes définitive pour la Sécurité sociale, décidée par la loi.
Le mécanisme, en trois temps. L'État exonère les employeurs d'une partie des cotisations qu'ils doivent à la Sécurité sociale — 78,8 Md€ en 2025, dont 75,5 Md€ d'allégements généraux sur les bas salaires. La loi du 25 juillet 1994, dite loi Veil, l'oblige à compenser cette perte ; il le fait pour l'essentiel en affectant à la Sécurité sociale une fraction de la TVA — 27,36 % en 2026. Une loi de financement peut déroger à la compensation, et c'est ainsi que la part non compensée existe légalement.
301,3 Md€ versés par les entreprises contre 73,5 Md€ exonérés la même année : les entreprises ont versé 4,1 fois ce qu'elles ont été exonérées. C'est le chiffre le plus précis que la base puisse donner, mais il s'arrête en 2022 : l'URSSAF n'a plus mis à jour ses encaissements depuis juillet 2023, et le niveau géographique le plus fin qu'elle publie pour ce montant est la région (par caisse URSSAF), jamais le département.
La compensation (57,0 Md€ + 7,7 Md€ = 64,7 Md€, 2022) vient d'un document distinct de l'URSSAF : le jaune budgétaire annexé au PLF 2024, qui rapporte sur l'exercice 2022 — la TVA nette affectée (annexe 1) compense les allégements généraux, les exonérations ciblées compensées par crédits budgétaires (tableau 16) le reste.
Et pour une année plus récente ?
Pour 2025, la base ne connaît que les exonérations (78,8 Md€), pas ce que les entreprises versent effectivement : aucune source récente ne publie ce second montant au même champ. La seule approximation disponible vient d'une autre source (ESSPROS, Eurostat), sur un périmètre plus large — assurance chômage et retraites complémentaires comprises, que la Sécurité sociale au sens strict ne couvre pas — et d'un chiffre de non-compensation qui, lui, ne date que du dernier budget connu (2026). Les lignes ci-dessous ne se mélangent donc pas entre elles : chaque barre porte sa propre source, son propre champ et sa propre année.
C'est un ordre de grandeur, pas une proportion exacte : au moins deux sources et deux années coexistent forcément dans cette comparaison-là, contrairement au schéma ci-dessus.
Les exonérations, année par année
Montant total des mesures d'exonération de cotisations, secteur privé, France entière, 2004–2025. De 19,0 Md€ à 78,8 Md€.
Source : URSSAF, exonérations par mesure. Ces montants ne sont pas des pertes : dans leur immense majorité ils sont compensés. La part non compensée, 2,63 Md€ en 2026, vient du jaune budgétaire « Bilan des relations financières entre l'État et la protection sociale » — elle n'est pas dans la base, et ce site ne la recalcule pas.
La même série, par catégorie
Le même total, 2004–2025, décomposé en catégories empilées — mêmes teintes que le faisceau du schéma ci-dessus.
Les allégements généraux dominent la série sur toute sa longueur : ce n'est pas un effet d'une seule année récente.
Les exonérations, rapportées à ce que les entreprises versent
Exonérations sur la masse salariale du secteur privé (URSSAF, même champ), en % : 2004–2025. De 4,7 % à 10,6 %.
Contrairement au montant en euros courants ci-dessus, ce ratio est insensible à l'inflation : les deux séries viennent de la même source, sur le même champ, et grossissent ensemble avec les prix — le rapport des deux ne le fait pas. Le doublement de ce taux dit quelque chose que la courbe en euros ne peut pas dire à elle seule.
Les dispositifs, dans le temps
Chaque ligne est un dispositif d'exonération tel que l'URSSAF le nomme — le nom porte souvent lui-même la loi ou le plan dont il vient. La présidence indiquée est un repère chronologique, comme sur les fiches de ministres : elle situe le dispositif dans le temps, elle n'impute sa décision à personne — une mesure est votée par le Parlement, pas décrétée par un président.
| Dispositif | Créé | Arrêté | Pic | Présidence(s) sur la période |
|---|---|---|---|---|
| Lopom | 2004 | 2010 | 0,9 Md€ (2007) | Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy |
| Aide à domicile | 2004 | en cours | 0,8 Md€ (2025) | Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron |
| Exo. RTT - Loi Aubry 1 | 2004 | 2011 | 0,8 Md€ (2004) | Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy |
| Exo. RTT - Loi Fillon suite Aubry 2 | 2004 | 2006 | 8,1 Md€ (2004) | Jacques Chirac |
| Réduction générale champ Urssaf | 2004 | en cours | 30,8 Md€ (2023) | Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron |
| Contrat d'apprentissage secteur privé | 2004 | en cours | 0,9 Md€ (2024) | Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron |
| Contrat d'apprentissage loi de 1979 | 2004 | 2019 | 0,6 Md€ (2006) | Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron |
| Exo. heures suppl. cotisations patronales | 2007 | en cours | 0,8 Md€ (2024) | Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron |
| Exo. heures suppl. cotisations salariales | 2007 | en cours | 2,4 Md€ (2011) | Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron |
| Lodeom | 2010 | en cours | 1,2 Md€ (2025) | Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron |
| CICE | 2013 | 2018 | 22,0 Md€ (2017) | François Hollande, Emmanuel Macron |
| Réduction des cotisations famille | 2015 | en cours | 9,8 Md€ (2024) | François Hollande, Emmanuel Macron |
| Réduction des cotisations maladie | 2019 | en cours | 26,9 Md€ (2024) | Emmanuel Macron |
| Réduction générale champ Retraite complémentaire | 2019 | en cours | 6,9 Md€ (2023) | Emmanuel Macron |
| Exonération Covid | 2020 | 2022 | 2,4 Md€ (2020) | Emmanuel Macron |
Aucun texte de loi n'est cité ligne à ligne. La base ne relie pas ces dispositifs à un numéro de loi, un article ou un auteur parlementaire : le rattachement demanderait un travail éditorial de recherche, dispositif par dispositif, qui n'a pas été fait. Ce que la source permet d'affirmer sans ambiguïté, c'est le nom du dispositif et son montant par année ; le reste appelle une vérification externe.
Le détail publié
Toutes les lignes de la situation au juillet 2026, dans l'ordre de la source, avec le même mois de l'exercice précédent. Les lignes sont hiérarchisées : ne les additionnez pas, un total et ses composantes figurent côte à côte.
| Catégorie | Ligne | 2026 | 2025 | Écart |
|---|---|---|---|---|
| Dépenses · Budget général | Total dépenses nettes du budget général | 284,2 Md€ | 271,8 Md€ | +4,6 % |
| Dépenses · Budget général | Charges de la dette de l’Etat | 44,1 Md€ | 35,7 Md€ | +23,6 % |
| Dépenses · Budget général | Dépenses de fonctionnement | 47,0 Md€ | 45,5 Md€ | +3,2 % |
| Dépenses · Budget général | Dépenses de personnel | 94,3 Md€ | 92,0 Md€ | +2,5 % |
| Dépenses · Budget général | Dépenses d’intervention | 82,6 Md€ | 83,2 Md€ | −0,8 % |
| Dépenses · Budget général | Dépenses d’investissement | 14,8 Md€ | 13,2 Md€ | +12,0 % |
| Dépenses · Budget général | Dépenses d’opérations financières | 0,4 Md€ | 1,1 Md€ | −65,2 % |
| Dépenses · Budget général | Dotation des pouvoirs publics | 1,1 Md€ | 1,1 Md€ | +0,2 % |
| Dépenses · Prélèvements sur recettes | Total prélèvements sur recettes | 43,9 Md€ | 41,2 Md€ | +6,4 % |
| Dépenses · Prélèvements sur recettes | PSR au profit de l'Union européenne | 16,1 Md€ | 13,1 Md€ | +22,9 % |
| Dépenses · Prélèvements sur recettes | PSR au profit des collectivités territoriales | 27,8 Md€ | 28,1 Md€ | −1,3 % |
| Dépenses · Remboursements et dégrèvements | Remboursements et dégrèvements d'impôts d'Etat | 95,4 Md€ | 93,0 Md€ | +2,6 % |
| Dépenses · Remboursements et dégrèvements | Remboursements et dégrèvements d'impôts locaux | 2,4 Md€ | 2,5 Md€ | −7,3 % |
| Recettes · Budget général | Fonds de concours et attribution de produits | 3,5 Md€ | 5,0 Md€ | −30,0 % |
| Recettes · Budget général | Total recettes nettes du budget général | 201,2 Md€ | 193,1 Md€ | +4,2 % |
| Recettes · Budget général | Total recettes fiscales | 182,9 Md€ | 176,9 Md€ | +3,4 % |
| Recettes · Budget général | Total recettes non fiscales | 18,3 Md€ | 16,2 Md€ | +13,0 % |
| Recettes · Budget général | Autres recettes fiscales | 43,0 Md€ | 40,6 Md€ | +6,1 % |
| Recettes · Budget général | Impôt sur le revenu | 40,6 Md€ | 39,5 Md€ | +2,6 % |
| Recettes · Budget général | Impôt sur les sociétés | 29,2 Md€ | 28,6 Md€ | +1,9 % |
| Recettes · Budget général | Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques | 8,6 Md€ | 9,2 Md€ | −5,7 % |
| Recettes · Budget général | Taxe sur la valeur ajoutée | 61,5 Md€ | 59,1 Md€ | +4,1 % |
| Solde budgétaire · Solde budgétaire | Solde budgétaire | −145,9 Md€ | −142,0 Md€ | −2,7 % |
| Soldes · Budgets annexes | Solde des Budgets annexes | 0,0 Md€ | — | — |
| Soldes · Comptes spéciaux | Solde des comptes spéciaux | −22,5 Md€ | −27,1 Md€ | +17,0 % |
| Soldes · Comptes spéciaux | CCF Avances aux collectivités territoriales | −24,2 Md€ | −23,2 Md€ | −4,0 % |
Source : DGFiP, situations mensuelles budgétaires de l'État. Montants en euros courants ; aucun déflateur n'est en base, voir la note sur les comparaisons dans le temps.
Ce que cette page ne dit pas
Le solde budgétaire n'est pas le déficit public. Le déficit au sens de Maastricht couvre toutes les administrations publiques — État, collectivités, Sécurité sociale — en comptabilité nationale. Celui-ci ne couvre que l'État, en comptabilité budgétaire. Les deux nombres sont différents et ne se remplacent pas.
Aucun écart n'est attribué à une décision. Une recette qui baisse peut venir d'une baisse d'impôt votée, d'une activité économique moindre, d'un calendrier d'encaissement, ou d'un changement de périmètre. Les quatre se ressemblent dans le tableau.
Les montants sont en euros courants. Comparer 2024 et 2026 sans déflateur mélange l'évolution des montants et celle des prix.
Contexte
Dans les comptes rendus de séance de l'Assemblée nationale chargés (du 18 juillet 2024 au 21 juillet 2026), les interventions qui emploient les mots du dossier :
Interventions en séance publique de l'Assemblée nationale qui emploient ces mots. Une mention ne dit pas la position de l'orateur.
Enjeux
- 2025
Une dette publique qui progresse « à un rythme préoccupant »
Le Haut Conseil qualifie de préoccupant le rythme de progression de la dette publique prévu par le projet de budget 2026.
officiel Haut Conseil des finances publiques (avis n° HCFP-2025-5) · source
Cadre
- 2001
La loi organique relative aux lois de finances (LOLF)
Texte qui fixe le cadre des lois de finances de l'État.
officiel Parlement (loi organique n° 2001-692) · source
- 2021
La modernisation de la gestion des finances publiques
Révision de la loi organique relative aux lois de finances, qui touche notamment au Haut Conseil des finances publiques (article 30).
officiel Parlement (loi organique n° 2021-1836) · source
Contrôles et évaluations
- 2025
Budget 2026 : un scénario jugé optimiste et un solde « fragilisé »
Le Haut Conseil juge optimistes les hypothèses économiques du projet de budget 2026 et estime la prévision de solde public fragilisée par le risque que les mesures de recettes et d'économies ne soient pas réalisées.
officiel Haut Conseil des finances publiques (avis n° HCFP-2025-5) · source
- 2025
La dette sociale : un amortissement imposé d'ici 2033, des déficits qui s'accumulent à l'Acoss
La commission rappelle que la dette sociale doit être amortie d'ici le 31 décembre 2033 et recommande un transfert de la dette de l'Acoss, financée à court terme, vers la Cades.
officiel Sénat, commission des affaires sociales (rapport sur le PLFSS 2026) · source
Situation chiffrée
1. Deux budgets : ordres de grandeur et articulation
1.1 Ordres de grandeur
| Loi de finances 2026 | Loi de financement de la Sécurité sociale 2026 | |
|---|---|---|
| Dépenses | 512 Md€ (périmètre de la norme de dépenses de l'État) | 676,9 Md€ (régimes obligatoires de base) |
| Recettes | 401,6 Md€ (budget général, nettes) | 659,5 Md€ |
| Solde voté | — | −19,4 Md€ (−17,5 Md€ au dépôt) |
En comptabilité nationale, où les deux se mesurent enfin sur la même règle, la hiérarchie est nette (Eurostat, dépenses totales 2024) :
| Sous-secteur | Dépenses 2024 |
|---|---|
| Administrations publiques (S13) | 1 672,7 Md€ |
| Administration centrale (S1311) | 671,3 Md€ |
| Administrations de sécurité sociale (S1314) | 777,3 Md€ |
Les administrations de sécurité sociale dépensent plus que l'État. Toute comparaison avec « le budget de la France » doit donc dire de quel périmètre il s'agit.
1.2 Trois différences juridiques qui changent la lecture
- La LFSS n'autorise pas la dépense, elle la prévoit. La LOLF donne à l'État des crédits limitatifs : les dépasser est illégal. La LFSS fixe des objectifs de dépenses. L'ONDAM n'est pas un plafond, c'est une cible, révisable l'année suivante par la LFSS suivante. « ONDAM respecté » et « dépense tenue » ne sont pas la même affirmation.
- Pas d'autorisation de percevoir. Le Parlement vote un tableau d'équilibre par branche, pas une levée d'impôt.
- 50 jours d'examen pour le PLFSS (art. 47-1 de la Constitution) contre 70 pour le PLF, et le PLFSS passe en premier à l'automne.
1.3 Les cinq canaux entre les deux budgets
- La TVA affectée, le principal. La part revenant à la Sécurité sociale recule à 27,36 % en 2026 (8,10 % à l'ACOSS, minorés de 4,10 Md€, + 19,26 % à la CNAM ; annexe 3 du PLFSS 2026, p. 47), contre 28,42 % en 2025 : −1,06 point, et non une hausse — la baisse rembourse à l'État les économies attendues de la réforme des allégements généraux de cotisations patronales. Un arbitrage sur une fraction de TVA déplace des milliards d'un budget à l'autre sans qu'aucun impôt ne change.
- La compensation des exonérations. L'État allège les cotisations et compense — pour l'essentiel via la TVA. 2,63 Md€ d'exonérations restent officiellement non compensées en 2026. Le principe de compensation vient de la loi n° 94-637 du 25 juillet 1994 relative à la sécurité sociale, dite loi Veil, codifié à l'article L. 131-7 du code de la sécurité sociale ; une loi de financement peut y déroger, et c'est ainsi que la part non compensée existe légalement.
- L'État employeur et les subventions d'équilibre aux régimes spéciaux, inscrites au budget de l'État.
- Les prestations croisées : AAH, prime d'activité, AME sont versées par des caisses de Sécurité sociale sur crédits de l'État.
- La dette (§ 1.5).
Le point que la plupart des commentaires ratent. Un transfert État → Sécurité sociale améliore le solde social, dégrade celui de l'État, et ne change pas le déficit public d'un euro. C'est le solde consolidé qui compte au sens de Maastricht. Toute annonce d'amélioration d'un seul des deux soldes doit être lue en cherchant d'abord d'où vient le transfert.
1.4 Ce qui a changé récemment
Institutionnel — loi organique du 14 mars 2022. Elle crée les lois d'approbation des comptes de la sécurité sociale (LACSS), déposées avant le 1er juin, sur le modèle de la loi de règlement de l'État. Le « chaînage vertueux » visé : examiner les comptes de N−1 au printemps avant de voter N+1 à l'automne. Le rapport annuel de la Cour des comptes (RALFSS) est désormais calé sur ce dépôt. C'est la première fois que le budget social dispose d'un vrai temps parlementaire consacré à l'exécution.
LFSS 2026 — adoptée le 16 décembre 2025, promulguée le 30 décembre après censure partielle du Conseil constitutionnel :
- suspension du calendrier de la réforme des retraites de 2023 : âge de départ bloqué à 62 ans et 9 mois jusqu'au 1er janvier 2028, au lieu de 63 ans en 2026. Coût direct branche vieillesse : ~0,1 Md€ en 2026, ~1,4 Md€ en 2027 ;
- « année blanche » : gel des prestations, 2,5 Md€ ;
- 6 Md€ d'économies sur l'ONDAM ;
- CSG relevée de 1,4 point sur les revenus du capital (~1,5 Md€, fléchés vers la branche autonomie) ;
- le déficit voté est passé de 17,5 à 19,4 Md€ au cours de l'examen : le Parlement a dégradé le solde qu'on lui demandait de redresser.
CNRACL. Le décret du 30 janvier 2025 augmente la cotisation employeur de 3 points par an de 2025 à 2028 : 34,65 % → 43,65 %. Les budgets des communes et des hôpitaux financent un régime de retraite en déficit. C'est un troisième canal, entre budgets locaux et budget social, presque absent du débat national.
1.5 La dette sociale : CADES et ACOSS
La CADES amortit la dette sociale pendant que l'ACOSS la reconstitue, parce que le déficit annuel est proche du montant amorti. Projection de la Cour des comptes : plus de 100 Md€ de dette de trésorerie à l'ACOSS d'ici 2029, portée à court terme, avec un risque de liquidité — l'ACOSS n'est pas outillée pour porter cela.
En sortir suppose une nouvelle reprise de dette par la CADES, donc de prolonger son existence au-delà de 2033, ce que seule une loi organique permet. C'est le sujet institutionnel qui arrive, et il ne sera pas traité dans une LFSS ordinaire.
1.6 Où en est l'exécution 2026
- 2025 constaté : −21,6 Md€, déficit doublé en deux ans, plus haut niveau depuis 2012 hors années covid.
- 2026 déjà dérapé : la commission des comptes de la Sécurité sociale du 28 mai 2026 chiffre −23,2 Md€ (ou −20,4 Md€ selon le traitement du gel des allègements), contre −19,4 Md€ votés. La Cour évalue le risque d'exécution à au moins 3 Md€ en 2026 et 5 Md€ en 2027.
- PLF et PLFSS 2027 déposés fin septembre 2026 — dépôt visé au 30. Le gouvernement cible un déficit public proche de 4,9 % du PIB en 2027, ce qui acte l'abandon des 3 % en 2029. Mesures déjà annoncées : plafond des indemnités journalières abaissé à 1,8 SMIC au 1er novembre 2026 (contre ~3 aujourd'hui) et fiscalisation des indemnités AT/MP.
9. La précision géographique des versements des entreprises
La réponse tient en deux temps, parce que la précision dépend de ce qu'on demande : le montant réellement versé, ou son assiette.
Le montant exact : la région, trois années. L'URSSAF publie, par caisse régionale (y compris les CGSS d'outre-mer), le montant encaissé chaque année pour six catégories, dont deux répondent à « les entreprises » — secteur privé hors grandes entreprises nationales, et grandes entreprises nationales elles-mêmes. Filtrées sur ces deux catégories : 301,3 Md€ versés par les entreprises en 2022, sur un total encaissé de 421,1 Md€ toutes catégories confondues (secteur public, indépendants, particuliers employeurs et revenus de remplacement compris). Aucun jeu URSSAF ne descend au département pour ce montant, et le jeu s'arrête en 2022 — dernière mise à jour le 5 juillet 2023, sans explication publiée de l'arrêt.
L'assiette : bien plus fin, et à jour. La masse salariale — la base sur laquelle les cotisations se calculent, pas les cotisations elles-mêmes — est publiée jusqu'à l'EPCI (34 668 lignes) et au département (77 700 lignes), trimestriellement, avec une mise à jour de quelques semaines (28 août 2026 au moment de l'écriture). Elle ne dit pas combien a été versé à la Sécurité sociale, seulement sur quelle masse de salaires le calcul se fait — une grandeur utile, mais différente.
La conséquence à retenir : le chiffre exact et le chiffre fin ne sont jamais le même chiffre. Vouloir un montant de cotisations versées précis au département suppose d'appliquer un taux de cotisation à la masse salariale départementale — une ESTIMATION, pas une donnée observée, et qui plus est sujette aux mêmes exonérations et allégements que le § 1.3 documente. Aucun connecteur de ce projet ne le fait : ce serait présenter un calcul comme un fait mesuré.
Ce que les données ne disent pas
6. Ce qui n'existe pas
À écrire noir sur blanc, parce que l'absence est aussi un fait vérifiable.
- Aucune série continue « voté » pour l'État. Un jeu de données par millésime,
des identifiants qui changent de forme chaque année (
plf25-…,plf-2026-…,projet-de-loi-de-finances-pour-2019-…), et plusieurs jeux publiés à zéro ligne. - Aucune donnée ouverte pour les comptes de la Sécurité sociale. Zéro résultat sur data.gouv.fr. Le seul jeu LFSS est gelé depuis janvier 2022.
- Aucune source unique ne donne voté et exécuté côte à côte. Le rapprochement est un travail de reconstruction, pas de téléchargement.
- Aucune source ne fournit les cinq canaux du § 1.3 sous forme de flux chiffré consolidé. Le rapport annuel du gouvernement au Parlement sur les relations financières entre l'État et la sécurité sociale existe, en PDF.
- Aucun compte de branche en données ouvertes. La CNAM publie 51 jeux sur data.ameli.fr, dont les dépenses par pathologie — mais pas les comptes de la branche maladie. L'URSSAF publie 124 jeux sur son activité de recouvrement, pas ses comptes. Le circuit est documenté de partout sauf à l'endroit où il se solde.
- Les indicateurs financiers de la Sécurité sociale ont quitté le format tableur. Les REPSS, gelés sur data.gouv.fr en janvier 2022, vivent désormais sur evaluation.securite-sociale.fr sous forme de texte et de graphiques en image : la page qui donne la dette restant à amortir par la CADES ne contient aucun tableau et aucun fichier joint. C'est une régression : l'information est publiée, la donnée ne l'est plus.
- Le jeu de données du COR est orphelin : dernière mise à jour 2016, organisation propriétaire supprimée sur data.gouv.fr. Les séries actuelles n'existent qu'en XLSX attachés aux rapports.
- Le seul document qui chiffre les cinq canaux État ↔ Sécurité sociale est un PDF : le jaune budgétaire annexé au PLF. Il est complet, annuel, officiel — et illisible par machine.
Pièges de lecture
2. Le piège central : « voté » et « exécuté » ne sont pas dans la même comptabilité
Avant toute liste de sources, il faut poser ceci, sans quoi la moitié des comparaisons possibles sont fausses. Trois comptabilités coexistent, et elles ne donnent pas les mêmes nombres pour la même année.
| Comptabilité | Règle | Où on la trouve | Ce qu'elle sert à dire |
|---|---|---|---|
| Budgétaire | encaissement / décaissement, autorisations d'engagement et crédits de paiement | LFI, situations mensuelles, loi de règlement | « Le Parlement a autorisé X, l'administration a dépensé Y » |
| Générale | droits constatés, patrimoniale, avec bilan | balances des comptes de l'État, comptes des régimes | « Voici ce que l'État possède et doit » |
| Nationale (SEC 2010) | droits constatés, périmètre APU consolidé | INSEE, Eurostat | « Voici le déficit public au sens de Maastricht » |
Conséquences pratiques, à écrire sur toute page qui affiche ces chiffres :
- Le solde de la LFI et le déficit public ne sont pas le même objet et ne se comparent pas. Le second est consolidé, inclut les collectivités et la Sécurité sociale, et retraite les flux internes.
- Le « déficit de la Sécu » (19,4 Md€) et le déficit public (~150 Md€) ne sont pas du même ordre ni du même périmètre. Les mettre dans la même phrase sans le dire est la confusion la plus répandue du débat budgétaire.
- Seule la comptabilité nationale permet de poser l'État et la Sécurité sociale côte à côte. C'est pour cela que le § 5 existe.
Glossaire
Les termes de ce document, dans l'ordre alphabétique. Chaque définition dit ce que le mot désigne dans les sources, pas ce qu'il devrait désigner. Quand un même mot a deux sens selon la comptabilité, les deux sont donnés.
ACOSS / URSSAF. L'Agence centrale des organismes de sécurité sociale est la « banque » de la Sécurité sociale : elle centralise la trésorerie des branches. Le réseau des URSSAF collecte les cotisations et la CSG. Depuis 2021, l'ACOSS s'appelle « URSSAF Caisse nationale ».
Administrations publiques (APU, S13). En comptabilité nationale, l'ensemble des unités financées majoritairement par des prélèvements obligatoires. Elles se divisent en trois sous-secteurs : administration centrale (S1311), administrations publiques locales (S1313), administrations de sécurité sociale (S1314). C'est leur somme qui fait « le déficit public » et « la dette publique ».
Allégements généraux. Les exonérations de cotisations patronales qui s'appliquent à tous les employeurs sur les bas salaires, sans condition de secteur ni de territoire. Ils représentent l'essentiel des exonérations mesurées par l'URSSAF.
Autorisation d'engagement (AE) / crédit de paiement (CP). Comptabilité budgétaire de l'État. L'AE autorise à signer un engagement — un marché, une convention — éventuellement pluriannuel ; le CP autorise à payer dans l'année. Une loi de finances vote les deux, qui ne coïncident pas.
CADES. Caisse d'amortissement de la dette sociale, créée en 1996. Elle reprend la dette de la Sécurité sociale et la rembourse grâce à des recettes affectées, principalement la CRDS et une part de CSG. Sa dette n'apparaît pas dans le solde annuel de la Sécurité sociale, mais bien dans la dette publique.
Charge de la dette. Les intérêts payés dans l'année sur la dette. Ce n'est pas un remboursement du capital : une dette dont la charge baisse peut continuer de croître.
Comptabilité budgétaire. Enregistre les encaissements et décaissements de l'année, et les autorisations votées. C'est celle des lois de finances et des situations mensuelles de l'État.
Comptabilité générale. Enregistre les droits et obligations au moment où ils naissent, avec un bilan : ce que l'État possède et ce qu'il doit. C'est celle du compte général de l'État certifié par la Cour des comptes.
Comptabilité nationale (SEC 2010). Le système européen de comptes, commun à tous les États membres. Droits constatés, périmètre consolidé des administrations publiques. C'est la seule qui permette les comparaisons européennes, et la seule qui définisse le déficit et la dette « au sens de Maastricht ».
Compensation. Le versement par lequel l'État rembourse à la Sécurité sociale les cotisations qu'il a lui-même décidé d'exonérer. Obligation posée par la loi Veil de 1994 (article L. 131-7 du code de la sécurité sociale), à laquelle une loi de financement peut déroger.
COFOG. Classification internationale des fonctions des administrations publiques, en dix fonctions — protection sociale, santé, enseignement, défense… — publiée par Eurostat. Elle répond à « à quoi sert la dépense », que les budgets votés, organisés par ministère, ne disent pas.
CRDS. Contribution au remboursement de la dette sociale, 0,5 % sur la plupart des revenus, affectée à la CADES.
CSG. Contribution sociale généralisée, créée en 1991. Un impôt, et non une cotisation : elle porte sur presque tous les revenus — activité, remplacement, patrimoine, placements — et elle finance la Sécurité sociale. Sa montée en puissance est la première raison du recul de la part des cotisations dans le financement social.
Déficit public (au sens de Maastricht). Le besoin de financement de l'ensemble des administrations publiques en comptabilité nationale, exprimé en part du PIB. Ce n'est ni le solde budgétaire de l'État ni le déficit de la Sécurité sociale : c'est leur somme consolidée, avec les collectivités.
Dette publique (au sens de Maastricht). La dette brute consolidée des administrations publiques, en valeur nominale. Un stock au 31 décembre, qu'on ne compare pas à un déficit, qui est un flux.
Épargne brute. Pour une collectivité, l'excédent des recettes de fonctionnement sur les dépenses de fonctionnement. C'est ce qui reste pour investir et rembourser la dette ; une épargne brute négative signale un fonctionnement déficitaire.
Exonération de cotisations. Une réduction, décidée par la loi, des cotisations sociales dues par un employeur ou un travailleur. Elle diminue les recettes de la Sécurité sociale, sauf si l'État la compense.
FSV. Fonds de solidarité vieillesse. Finance les avantages vieillesse non contributifs — le minimum vieillesse notamment — à partir de recettes fiscales.
Jaune budgétaire. Annexe informative au projet de loi de finances, imprimée sur papier jaune à l'origine. Celui qui porte sur la protection sociale est le seul document qui chiffre les flux entre l'État et la Sécurité sociale ; il est publié en PDF.
LACSS. Loi d'approbation des comptes de la sécurité sociale. Créée par la loi organique du 14 mars 2022, déposée avant le 1er juin, elle approuve les comptes de l'année écoulée, sur le modèle de la loi de règlement de l'État.
LFI / LFR. Loi de finances initiale, votée en fin d'année pour l'année suivante ; loi de finances rectificative, qui la modifie en cours d'exercice.
LFSS / LFRSS. Loi de financement de la sécurité sociale, et sa version rectificative. Créée par la révision constitutionnelle de 1996. Elle ne vote pas un budget au sens strict mais des objectifs de dépenses et des prévisions de recettes.
Loi de règlement. Loi qui arrête les comptes définitifs d'un exercice de l'État. Depuis 2023, « loi relative aux résultats de la gestion et portant approbation des comptes ».
Loi Veil (1994). Loi n° 94-637 du 25 juillet 1994 relative à la sécurité sociale. Elle sépare les branches de la Sécurité sociale et pose le principe de compensation par l'État des exonérations de cotisations qu'il décide. Distincte de la loi Veil de 1975 sur l'interruption volontaire de grossesse.
ONDAM. Objectif national de dépenses d'assurance maladie, voté chaque année en LFSS. Un objectif, pas un plafond : il peut être dépassé, et l'a souvent été.
PLF / PLFSS. Projet de loi de finances et projet de loi de financement de la sécurité sociale : les textes que le Gouvernement dépose, avant leur vote. Un chiffre « du PLF » est une intention, pas une décision.
Prélèvement sur recettes (PSR). Une somme que l'État retire de ses recettes avant de les compter, au profit de l'Union européenne ou des collectivités. Elle n'apparaît pas en dépense du budget général, ce qui fait paraître celui-ci plus petit qu'il n'est.
Protection sociale / Sécurité sociale. La protection sociale est l'ensemble des mécanismes couvrant les risques sociaux — dont l'assurance chômage, les retraites complémentaires, l'action sociale des départements, les mutuelles. La Sécurité sociale en est une partie : les régimes obligatoires de base, dans le périmètre de la LFSS.
Solde budgétaire. La différence entre recettes et dépenses de l'État en comptabilité budgétaire. Il ne couvre ni les collectivités ni la Sécurité sociale, et ne se compare pas au déficit public.
TVA affectée. La fraction du produit de la TVA que la loi attribue à la Sécurité sociale au lieu de l'État : 27,36 % en 2026 (annexe 3 du PLFSS 2026). Changer ce pourcentage déplace des milliards d'un budget à l'autre sans qu'aucun contribuable ne paie davantage.
Sources
Les sources sont présentées une par une, avec leur couverture, leur format et leur licence, dans l'annexe technique (§ 3 et § 4).
Annexe technique
3. Sources — État
3.1 Le voté
| Source | Ce qu'elle donne | Couverture | Format / licence | Retenue |
|---|---|---|---|---|
| LEGI et JORF (DILA) | le texte des lois de finances, articles d'équilibre compris | intégrale, mise à jour quotidienne (constatée au 12 septembre 2026) | XML en vrac, Licence Ouverte | la source de droit, mais il faut parser des tableaux dans du texte de loi |
| data.economie.gouv.fr — jeux PLF par millésime | crédits par mission / programme / destination | un jeu par année, slugs incohérents : plf25-depenses-2025-selon-destination (2 404 lignes), plf-2026-budget-vert (1 816 lignes)… et de nombreux jeux anciens à 0 ligne |
CSV / JSON via API Opendatasoft, Licence Ouverte v2.0 | exploitable année par année, pas comme série |
| budget.gouv.fr — documents budgétaires | projets annuels de performances (« bleus »), jaunes, oranges | depuis 2006 | lecture humaine seulement |
Le constat qui compte : il n'existe pas de série continue du budget voté de l'État en open data. Il existe un empilement de jeux par millésime, aux schémas et aux identifiants changeants, dont plusieurs sont vides. Construire « le budget voté par année » suppose d'écrire un adaptateur par millésime, ou de repartir du texte de loi.
3.2 L'exécuté
| Source | Ce qu'elle donne | Couverture | Format / licence | Retenue |
|---|---|---|---|---|
situations-mensuelles-budgetaires-series-longues |
exécution mensuelle : recettes, dépenses, solde | 2013 → aujourd'hui, maj 3 septembre 2026 | Opendatasoft, Licence Ouverte v2.0 | chargé. Couverture réelle janvier 2024 → juillet 2026, pas 2013 malgré le titre du jeu |
balances_des_comptes_etat |
comptabilité générale de l'État, compte par compte | 10 ans glissants, 517 489 lignes, maj 22 avril 2026 | Opendatasoft, Licence Ouverte v2.0 | massif et exploitable ; comptabilité générale, donc pas comparable à la LFI |
performance-de-la-depense / performance-de-la-depense-rap-2025 |
RAP : exécution et indicateurs par mission / programme | un jeu par millésime (2 177 et 2 140 lignes), maj juin 2026 | Licence Ouverte v2.0 | utile pour la performance ; colonnes exec_2022, exec_2023 en dur dans le schéma, donc à re-mapper chaque année |
| Cour des comptes, Le budget de l'État — résultats et gestion | analyse annuelle de l'exécution | annuel | jeux déposés sur data.gouv.fr, PDF | contrôle et mise en garde, pas série |
4. Sources — Sécurité sociale
4.1 Le voté
| Source | Ce qu'elle donne | Couverture | Format / licence | Retenue |
|---|---|---|---|---|
| LEGI / JORF (DILA) | le texte de la LFSS, tableaux d'équilibre par branche inclus | intégrale, quotidienne | XML, Licence Ouverte | la seule source de droit pour le solde voté |
| Annexes du PLFSS (Assemblée nationale) | recettes, équilibre, ONDAM, trajectoire, exonérations | par millésime | non exploitable mécaniquement | |
| REPSS sur data.gouv.fr | indicateurs d'évaluation par branche | s'arrête au PLFSS 2022, dernière mise à jour 6 janvier 2022 | XLSX, licence other-pd |
abandonné depuis quatre ans |
Le constat, et il est sévère : le budget social n'a pas d'open data. Une recherche « comptes de la sécurité sociale » sur data.gouv.fr renvoie zéro jeu de données. Le seul jeu rattaché à la LFSS est celui des REPSS, gelé début 2022. Les tableaux d'équilibre — c'est-à-dire les chiffres que le Parlement vote — n'existent que dans le texte de loi et dans des PDF.
L'écart avec l'État est frappant : le budget le plus lourd des deux est le moins documenté en données ouvertes.
4.2 L'exécuté
| Source | Ce qu'elle donne | Couverture | Format / licence |
|---|---|---|---|
| DREES — Les comptes de la protection sociale | dépenses et recettes par risque et par régime | 15 654 lignes, séries depuis 1959, maj 18 décembre 2025 | Opendatasoft, Licence Ouverte v2.0 |
| Rapports de la commission des comptes de la sécurité sociale (CCSS) | comptes détaillés, deux fois par an (printemps, automne) | depuis 1979 | |
| LACSS (depuis 2023) | comptes du dernier exercice clos, approuvés par le Parlement | annuel | texte de loi |
| URSSAF — encaissements annuels | cotisations et contributions encaissées, par région | 525 lignes, dernière maj 5 juillet 2023 | ODbL |
| URSSAF — exonérations par mesure | montant des exonérations, mesure par mesure | 890 lignes, maj 24 juillet 2026 | ODbL |
| Cour des comptes — RALFSS, certification des comptes | exécution, fiabilité, réserves par branche | annuel |
4.3 Le fonctionnement financier : collecte, redistribution, dette
Le budget social n'est pas une caisse mais un circuit, et chaque étape a — ou n'a pas — sa source.
URSSAF collecte cotisations et CSG → répartition entre les cinq branches → ACOSS / Urssaf Caisse nationale porte la trésorerie commune → CADES amortit la dette qu'on lui transfère → l'État compense les exonérations et affecte de la TVA → le FSV finance les avantages vieillesse non contributifs.
| Source | Étape du circuit | Couverture | Format / licence | Retenue |
|---|---|---|---|---|
| URSSAF — exonérations par mesure | ce que l'État décide d'alléger | 890 lignes, maj 24 juillet 2026 | ODbL | chargé, canal n° 2 du § 1.3 |
| URSSAF — masse salariale du secteur privé | l'assiette des cotisations | 118 lignes, maj 28 août 2026 | ODbL | chargé, le dénominateur de tout le reste |
| URSSAF — restes à recouvrer, contrôle, travail illégal | l'efficacité du recouvrement | maj août 2026 et juillet 2025 | ODbL | rare : la plupart des systèmes ne publient pas leur taux de recouvrement |
| URSSAF — encaissements annuels | l'argent effectivement encaissé, par région et catégorie | 525 lignes, maj 5 juillet 2023 | ODbL | chargé — dormant depuis trois ans, mais c'est la SEULE source qui donne un montant exact de cotisations versées PAR LES ENTREPRISES (301,3 Md€ en 2022) |
| CNAM — data.ameli.fr | ce que la branche maladie rembourse | 51 jeux, dont depenses (24 800 lignes, maj juillet 2026) |
ODbL | dépenses par pathologie, pas comptes de branche |
| CADES | amortissement de la dette | rapports financiers annuels | 387,7 Md€ repris depuis 1996 ; 121,7 Md€ restant fin 2025 | |
| COR — rapport annuel retraites | projections du système de retraite | XLSX joints aux rapports sur cor-retraites.fr | XLSX derrière un PDF | le jeu data.gouv.fr est abandonné depuis 2016 et son organisation supprimée |
| Jaune budgétaire « Bilan des relations financières entre l'État et la protection sociale » | les cinq canaux, chiffrés | annexé à chaque PLF | le seul document qui répond à la question du § 1.3 — et il n'est pas exploitable par machine |
Le total de l'URSSAF est remarquable — 124 jeux, tous en ODbL — mais il décrit l'activité du recouvrement, pas les comptes. On sait combien d'exonérations, combien de masse salariale, combien de redressements ; on ne trouve nulle part le tableau d'équilibre d'une branche.
4.4 Ce qui est hors LFSS mais pèse sur le même circuit
L'assurance chômage et les retraites complémentaires ne sont pas dans la LFSS et sont pourtant dans les administrations de sécurité sociale au sens comptable — donc dans le déficit public. Les ignorer fausse toute comparaison européenne.
L'Unédic en donne l'illustration la plus nette. Sa dette nette est de 59,6 Md€ fin 2024 (pic à 63,6 Md€ en 2021) et son solde 2026 est prévu à −1,3 Md€. Surtout : la non-compensation partielle des exonérations décidée en décembre 2023 ampute ses recettes de 12,05 Md€ sur 2023-2026. C'est douze milliards du canal n° 2 du § 1.3, prélevés sur un organisme dont aucun débat sur « le déficit de la Sécu » ne parle, parce qu'il n'est pas dans la LFSS.
Ses prévisions financières sont publiées deux à trois fois par an, en PDF.
4.5 La comparaison européenne du financement
Eurostat publie, sous ESSPROS, la structure de financement de la protection sociale — et c'est la mesure directe de la fiscalisation du modèle français.
Dataflow spr_rec_sumt, dimension sptype, 1990 → 2023, vérifié :
| Catégorie | France 2023 |
|---|---|
| Total | 970,1 Md€ |
| Cotisations à charge des employeurs | 376,6 Md€ |
| Cotisations à charge des personnes protégées | 154,3 Md€ |
| Contributions publiques — recettes fiscales affectées | 289,3 Md€ |
| Contributions publiques — recettes fiscales générales | 131,2 Md€ |
La ligne en gras est le canal n° 1 du § 1.3 vu de l'extérieur : la TVA et la CSG affectées pèsent désormais autant que les cotisations salariales et patronales réunies moins un tiers. Trente-quatre points annuels permettent de dater le basculement plutôt que de l'affirmer.
Chargé, cinq séries, de 1990 à 2023. Ce qu'elles datent, plutôt que de l'affirmer :
| 1990 | 2000 | 2010 | 2020 | 2023 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Impôts affectés | 3,5 % | 20,1 % | 23,4 % | 29,3 % | 29,8 % |
| Cotisations | 79,9 % | 65,9 % | 63,0 % | 53,6 % | 54,7 % |
Les dépenses ESSPROS sont sous spr_exp_func et ses déclinaisons par fonction
(spr_exp_fol vieillesse, spr_exp_fsi maladie, spr_exp_ffa famille,
spr_exp_fun chômage…) — non chargées à ce jour. Attention : spr_exp_sum,
souvent cité, est retiré et renvoie 404.
5. Le socle commun : la comptabilité nationale, déjà branchée
C'est la seule source qui met l'État et la Sécurité sociale sur la même règle, et elle est déjà chargée pour d'autres dossiers de ce site : Eurostat.
Il suffit d'ajouter la dimension sector à gov_10a_main pour obtenir, par année
depuis 1995 :
| Code | Sous-secteur |
|---|---|
S13 |
administrations publiques |
S1311 |
administration centrale (État et organismes divers) |
S1313 |
administrations publiques locales |
S1314 |
administrations de sécurité sociale |
Vérifié au 13 septembre 2026 pour 2024 : S13 = 1 672,7 Md€, S1311 = 671,3 Md€, S1314 = 777,3 Md€.
Chargé : douze séries (quatre sous-secteurs × dépenses, recettes, solde), de 1995 à 2025.
Ce que cela permet, et que rien d'autre ne permet : afficher la part de chaque sous-secteur dans la dépense publique, sur trente ans, sans mélanger les comptabilités. Ce que cela ne permet pas : retrouver un chiffre voté. La comptabilité nationale ne connaît que l'exécuté, retraité, et à 18 mois de délai pour les comptes définitifs.
7. Ce qui est ingéré
Chargé le 13 septembre 2026, les huit sources suivantes.
| # | Source | État | Volume chargé |
|---|---|---|---|
| 1 | Eurostat gov_10a_main, dimension sector |
chargé | 12 séries × 31 ans (1995 → 2025) : dépenses, recettes et solde pour S13, S1311, S1313, S1314 |
| 2 | DREES, comptes de la protection sociale | chargé | 15 654 lignes, 66 millésimes (1959 → 2024) |
| 3 | situations-mensuelles-budgetaires-series-longues |
chargé | 26 postes × 31 arrêtés = 806 lignes (janvier 2024 → juillet 2026) |
| 4 | URSSAF, exonérations par mesure | chargé | 890 mesures, 22 millésimes (2004 → 2025) |
| 5 | Soldes votés, LFI et LFSS | liste semée, chiffres non chargés | voir ci-dessous |
| 6 | Eurostat ESSPROS spr_rec_sumt |
chargé | 5 séries × 34 ans (1990 → 2023) |
| 7 | URSSAF, masse salariale du secteur privé | chargé | 118 trimestres (1997 → 2026) |
| 8 | URSSAF, encaissements annuels par région | chargé (14 septembre 2026) | 525 lignes, 3 millésimes (2020 → 2022), dormant depuis — voir § 9 |
Le point 5 n'est pas un oubli. Les textes de la LFI et de la LFSS existent, relus pièce par pièce depuis le Journal officiel — mais leurs tableaux d'équilibre n'ont pas encore été extraits et vérifiés à la source : aucun montant voté n'est donc affiché tant que cette étape n'est pas faite, plutôt que d'en saisir un à la main.
Trois écarts entre ce que les catalogues annoncent et ce qu'ils livrent
situations-mensuelles-budgetaires-series-longuesne porte pas de série longue. Son titre annonce « les exercices 2013 à nos jours » ; le schéma publié ne contient que trente et un arrêtés, de janvier 2024 à juillet 2026. L'écart a été constaté sur l'API du catalogue, pas déduit. La série stockée reprend ce que le catalogue publie effectivement, et un contrôle de fraîcheur dira si cela change.- Les exports Opendatasoft sont compressés. Le corps est renvoyé compressé dès que le client l'accepte, sans que le format soit annoncé à l'avance.
- L'API refuse plus de 10 000 lignes par appel, avec une erreur explicite. Paginer les 15 654 lignes de la DREES échoue donc à mi-parcours — et une pagination mal contrôlée s'arrêterait en silence sur les 10 000 premières. Le piège vaut pour tous les portails Opendatasoft, y compris ceux déjà utilisés pour d'autres dossiers de ce site.
Le fait que ces chargements établissent
Les administrations de sécurité sociale dépensent plus que l'administration
centrale — 803,5 Md€ contre 680,8 Md€ en 2025 — et le besoin de financement est
celui de l'État. En 2023 et 2024, les administrations de sécurité sociale étaient
même en excédent au sens de la comptabilité nationale, pendant que la presse parlait
du « trou de la Sécu ». Les deux affirmations peuvent coexister sans qu'aucune soit
fausse : elles ne portent ni sur le même périmètre ni sur la même comptabilité — et
c'est exactement pour cela que les colonnes perimetre et comptabilite sont
obligatoires.
8. Pièges de lecture à faire porter par le schéma
Ceux-ci ne se documentent pas dans une note de bas de page : ils doivent être des colonnes, des contraintes ou des vues.
- Trois périmètres circulent pour la Sécurité sociale — régime général seul, régime général + FSV, tous régimes obligatoires de base. Les écarts se comptent en milliards. Toute valeur chargée doit porter son périmètre.
- La LFSS n'est pas la protection sociale. L'assurance chômage et les retraites complémentaires sont hors LFSS mais dans les administrations de sécurité sociale au sens comptable. La DREES et Eurostat les comptent, la LFSS non.
- « Voté » n'est pas un état stable. Le solde voté au dépôt (−17,5 Md€) et le solde voté à l'adoption (−19,4 Md€) diffèrent. Une valeur doit porter son stade : dépôt, adoption, révision en cours d'année, exécution.
- L'ONDAM est un objectif, pas un plafond. Un dépassement n'est pas une irrégularité, et une page qui affiche « objectif tenu » sans le dire induit en erreur.
- Un transfert n'est pas une économie. Le § 1.3 en donne la formulation.
Versions
- Version 3 (15 septembre 2026) : plan commun des dossiers ; cadre (LOLF, loi organique de 2021) et contrôles sourcés (Haut Conseil des finances publiques, Sénat).
- Version 2 (13 septembre 2026) : document de conception, sources évaluées une par une.
Page construite depuis le dossier
docs/budget-donnees.md (Dossier · version 3 · 15 septembre 2026) et depuis la base : les faits, les
crédits et les mentions en séance sont relus à chaque construction du site.
Dans la même famille :
Dette publique Coût des pouvoirs publics Fonction publique.