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Comparer des montants dans le temps : francs, euros, et inflation

Méthode · version 1 · 13 septembre 2026

Elle s'applique à toute valeur monétaire du projet, pas seulement au budget : comptes des partis, comptes de campagne, budgets communaux, marchés publics, déclarations HATVP, séries macroéconomiques.

Elle répond à trois questions : faut-il convertir les francs, faut-il corriger de l'inflation, et que doit porter le schéma pour que la réponse soit vérifiable.


1. Le problème, sur une série réellement chargée

core.protection_sociale couvre 1959 à 2024. Prestations de protection sociale, tous régimes :

montant
1959 6 243 M€
2024 932 548 M€

Un facteur 149 en soixante-cinq ans. Tracée telle quelle, cette courbe ne montre pas la protection sociale : elle montre l'inflation, et écrase les quarante premières années contre l'axe. Le problème n'est pas cosmétique — un lecteur qui compare 1959 à 2024 sur ce graphique conclut faux.

Deux précisions utiles avant d'aller plus loin :

  • Il n'y a pas un franc dans la base. Toutes les séries monétaires viennent d'Eurostat ou de la DREES, qui publient en euros et ont déjà converti les millésimes antérieurs à 1999 à la parité fixe. La série la plus ancienne, ENTREPRISES, part de 1971 — en euros.
  • La conversion a donc déjà eu lieu, en amont, sans qu'on la voie. Le « 6 243 M€ » de 1959 est un montant en anciens francs, divisé par 100 puis par 6,55957 par la DREES. Ce n'est pas faux, mais ce n'est pas non plus ce que quiconque a lu en 1959.

2. Deux opérations à ne jamais confondre

2.1 La conversion est de l'arithmétique légale

Le règlement CE 1103/97 fixe les règles, le règlement CE 2866/98 fixe la parité : 1 € = 6,55957 F. Trois contraintes, qui ne sont pas des conventions internes mais du droit :

  • le taux comporte six chiffres significatifs et ne peut être ni arrondi ni tronqué ;
  • l'usage du taux inverse est interdit — on divise par 6,55957, on ne multiplie jamais par 0,152449 ;
  • l'arrondi se fait au centime le plus proche, après conversion.

S'y ajoute, pour toute série remontant avant 1960, le nouveau franc : 1 F = 100 anciens francs. core.protection_sociale commence en 1959 : elle traverse les deux changements.

Une conversion n'introduit aucune incertitude. Elle est exacte, reproductible, et ne se discute pas.

2.2 La déflation est un choix de méthode

Corriger de l'inflation suppose de choisir un indice, une population de référence et une année de base. Ce sont trois décisions, et les institutions ne prennent pas les mêmes.

3. Ce que font les institutions

Eurostat n'offre pas de prix constants sur ces séries. Vérifié le 13 septembre 2026 : gov_10a_main n'expose que MIO_EUR, MIO_NAC et PC_GDP ; nasa_10_nf_tr — la série de 1971 déjà chargée — n'expose que CP_MEUR, prix courants. Sa réponse à la comparabilité dans le temps en finances publiques est le rapport au PIB, pas la déflation.

Bercy utilise l'IPC hors tabac pour mesurer la croissance en volume de la dépense publique. Le motif mérite d'être retenu : cet indice est bien connu et n'est pas révisé après publication, contrairement au déflateur du PIB, qui subit d'importantes corrections deux ou trois ans après l'exercice concerné. Pour un site qui republie ses chiffres en continu, une série révisée rétroactivement est un piège.

L'INSEE convertit depuis 1901, avec trois indices successifs :

période indice retenu
1901-1992 ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé
1993-1998 ensemble des ménages, France métropolitaine
depuis 1999 ensemble des ménages, métropole et DROM

Et l'INSEE assortit son propre convertisseur de cette réserve :

« La valeur fournie par ce convertisseur est indicative et ne peut servir de référence officielle dans un cadre juridique. »

C'est la phrase la plus importante de cette note. L'institut qui produit l'indice ne présente pas une somme déflatée comme un fait officiel. Ce projet ne peut pas être plus affirmatif que sa source.

4. Pourquoi la déflation ne peut pas être présentée comme un fait

L'indice des prix fait l'objet de critiques documentées — le logement occupé par son propriétaire en est exclu, l'ajustement de la qualité repose sur des conventions. Ce projet n'a pas à trancher ce débat, et cette note ne le tranche pas.

Mais il doit en tenir compte dans la présentation, parce qu'un biais compose :

écart de série +0,1 pt/an +0,2 pt/an +0,5 pt/an
1990 → 2025 (35 ans) 3,6 % 7,2 % 19,1 %
1971 → 2025 (54 ans) 5,5 % 11,4 % 30,9 %
1959 → 2025 (66 ans) 6,8 % 14,1 % 39,0 %

Sur core.protection_sociale, un biais de deux dixièmes de point par an déplace la valeur corrigée de 14 %. Le biais n'a pas besoin d'être grand, il a besoin d'être constant : c'est la composition qui agit, pas l'ampleur.

Conséquence directe : une valeur déflatée est une lecture, pas un fait. Elle a sa place sur un graphique, jamais dans une phrase du type « X a dépensé Y ».

5. Ce que le schéma porte aujourd'hui, et ce qui manque

État au 13 septembre 2026 : vingt colonnes monétaires réparties dans quinze tables de core, sous six conventions de nommage — montant, montant_eur, valeur, valeur_meur, euros_par_hab, depenses_meur.

Aucune ne dit en euros de quelle année. montant_eur nomme la devise mais pas le millésime ; valeur_meur nomme l'unité mais pas le régime de prix. Une valeur de 1959 et une valeur de 2024 sont stockées de façon strictement indiscernable, alors qu'elles ne sont pas comparables.

Deuxième anomalie, trouvée en inventoriant : quatorze colonnes sont en numeric, six en double precision — execution_etat.montant_eur, exoneration_cotisation.montant_eur, protection_sociale.valeur_meur, et les trois colonnes de solde_vote. Ce sont les plus récemment ajoutées. De l'argent en virgule flottante ne s'additionne pas exactement ; numeric est le type juste, et la correction est mécanique.

Ce qu'il faut ajouter, sur chaque table portant un montant :

  • devise — EUR par défaut, mais explicite : le jour où une source publie des francs, la colonne existe déjà et rien ne se mélange en silence ;
  • regime_prix — COURANT ou CONSTANT ;
  • annee_prix — l'année de référence, NULL si COURANT, obligatoire sinon.

Une contrainte suffit à rendre la faute impossible :

CHECK ((regime_prix = 'COURANT' AND annee_prix IS NULL)
    OR (regime_prix = 'CONSTANT' AND annee_prix IS NOT NULL))

6. Les règles

  1. core ne contient que des euros courants, tels que la source les publie. Aucune valeur déflatée n'entre dans core : ce serait transcrire un calcul comme un fait.
  2. La déflation vit dans derived, avec sa method_version, au même titre que derived.pdr_corps_electoral. Elle se recalcule, se date et se conteste.
  3. Le déflateur est une source de plein droit, chargée comme les autres, avec ses ruptures documentées. L'API BDM de l'INSEE répond : https://bdm.insee.fr/series/sdmx/data/SERIES_BDM/001763852 — 432 observations mensuelles de 1990-01 à 2025-12, base 2015. Piège : c'est une « série arrêtée ». L'INSEE rebase périodiquement ; une série longue est un chaînage de plusieurs bases, pas une lecture directe. Le chaînage est lui-même un calcul, donc derived.
  4. La valeur nominale reste toujours atteignable depuis toute page qui affiche une valeur corrigée. Sans cela, la correction n'est pas vérifiable.
  5. Le déflateur retenu s'écrit sur le graphique, pas dans une note de bas de page : « euros de 2025, déflatés par l'IPC hors tabac (INSEE, base 2015 chaînée) ». Le lecteur qui conteste l'indice sait alors exactement quoi contester — ce qui est la posture du § 2 du périmètre, pas une concession.

7. Quel affichage par défaut

Trois représentations sont légitimes, et le défaut dépend de la nature de la série.

Représentation Défaut pour Motif
% du PIB finances publiques : dépenses, recettes, solde, dette convention d'Eurostat et de la Cour des comptes ; esquive à la fois la conversion et la déflation ; comparable entre pays
Euros courants, millésime affiché montants individuels : un compte de campagne, un marché public, une déclaration c'est le montant qui a été déclaré ; le déflater le rendrait introuvable dans la source
Euros constants d'une année nommée séries longues sans dénominateur naturel : prestations sociales par risque, dividendes versés seule façon de rendre lisible un facteur 149

Le défaut recommandé pour les finances publiques est le rapport au PIB. Ce n'est pas un choix de confort : c'est la seule des trois qui ne repose sur aucune hypothèse contestable. Les euros constants restent proposés, en option explicite, avec leur déflateur nommé.

8. Si une source publie un jour des francs

Le cas n'existe pas encore mais viendra si le projet remonte avant 1999 sur une source nationale plutôt qu'européenne. La règle est alors :

  • stocker la valeur telle que publiée, avec devise = 'FRF' ;
  • ne jamais convertir à l'ingestion — la conversion est une lecture, elle appartient à derived comme la déflation ;
  • appliquer les trois contraintes du § 2.1, division par 6,55957, jamais de taux inverse ;
  • pour un millésime antérieur à 1960, diviser d'abord par 100.

9. Ce qui reste à faire

  1. Ajouter devise, regime_prix et annee_prix aux vingt colonnes monétaires, avec la contrainte du § 5. Migration mécanique, valeurs par défaut EUR / COURANT / NULL.
  2. Corriger les six colonnes en double precision vers numeric.
  3. Charger l'IPC comme série, et écrire le chaînage des bases dans derived.
  4. Trancher éditorialement ce que le § 7 recommande : si le rapport au PIB devient le défaut des pages de finances publiques, cela doit figurer au journal des décisions.

Texte proposé pour ce journal, à déposer sous le prochain numéro libre :

D-0xx — Une valeur déflatée est une lecture, pas un fait core ne stocke que des euros courants, tels que publiés. La conversion de devise et la correction d'inflation sont des calculs : ils vivent dans derived, portent une method_version, et la valeur nominale reste toujours atteignable depuis la page qui affiche la valeur corrigée. Motif : l'INSEE lui-même qualifie son convertisseur d'indicatif et sans valeur de référence officielle ; un biais de 0,2 point par an sur le déflateur déplace de 14 % une valeur de 1959. Le défaut d'affichage des finances publiques est le rapport au PIB, seule représentation qui ne repose sur aucune hypothèse contestable.

Rendu intégralement depuis docs/monnaie-et-inflation.md à la construction du site. Le texte n'est ni résumé ni réécrit : c'est celui que relit un contributeur, et toute modification y est une diff.

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