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La pauvreté en France : le seuil statistique et les « foyers modestes »
Que mesure le seuil de pauvreté, en quoi diffère-t-il des « foyers modestes » des dispositifs publics, et comment la France se situe-t-elle en Europe ? Le dossier charge aussi l'aide alimentaire, qui éclaire une pauvreté vécue que le seuil monétaire ne capte pas toujours.
1 texte de cadre · 1 constat d'institutions de contrôle, chacun relu dans sa source.
Contexte
Dans les comptes rendus de séance de l'Assemblée nationale chargés (du 18 juillet 2024 au 21 juillet 2026), les interventions qui emploient les mots du dossier :
Interventions en séance publique de l'Assemblée nationale qui emploient ces mots. Une mention ne dit pas la position de l'orateur.
Enjeux
- 2025
Une mission budgétaire consacrée à la lutte contre la pauvreté
La mission « Solidarité, insertion et égalité des chances » rassemble les crédits de l'État destinés à lutter contre la pauvreté et à protéger les personnes vulnérables.
officiel Sénat, commission des affaires sociales (avis sur la mission « Solidarité, insertion et égalité des chances », PLF 2026) · source
Cadre
- 2008
Le revenu de solidarité active et les politiques d'insertion
Loi qui généralise le RSA et réforme les politiques d'insertion.
officiel Parlement (loi n° 2008-1249) · source
1. Pauvreté et « foyers modestes » : deux définitions
La pauvreté monétaire a une définition arithmétique fixe : un seuil exprimé en pourcentage du niveau de vie médian de la population — 60 % pour la définition la plus citée (Insee, Eurostat, Union européenne), 50 % pour une définition plus stricte, également suivie par l'Insee et par l'OCDE. Le seuil n'est donc pas un montant fixé une fois pour toutes : il bouge chaque année avec la médiane elle-même. Il est mesuré par avant-dernière année disponible dans les enquêtes de revenus (méthode identique depuis 1996 côté Insee, avec une refonte de collecte en 2021 — § 2).
« Foyers modestes » n'est pas une catégorie statistique, mais un terme administratif que chaque dispositif redéfinit à sa façon : chaque aide, chaque tarif social, chaque exonération qui cible les « ménages modestes » fixe son propre seuil de ressources (revenu fiscal de référence, multiple du Smic, quotient familial…), sans qu'aucun texte n'harmonise ces seuils entre eux. Un foyer classé « modeste » par un dispositif peut ne pas l'être par un autre, et aucun des deux ne coïncide nécessairement avec le seuil de pauvreté du § 2. Cette note ne charge pas ces seuils dispositif par dispositif — l'énumération serait longue et n'apporterait rien à la question posée — mais le signale explicitement pour empêcher la confusion avec la mesure de la pauvreté, qui elle est unique, stable et vérifiable.
Pour situer les deux registres l'un par rapport à l'autre, les points de décile du niveau de vie national (Insee-Filosofi, 2023, déjà chargés dans cette série) donnent un repère : le premier décile (les 10 % au niveau de vie le plus bas) plafonne à 1 100 €/mois, le second à 1 418 €/mois. Le seuil de pauvreté à 50 % de la médiane (1 073 €/mois en 2023, § 2) se situe donc juste sous le premier décile, et le seuil à 60 % (1 288 €/mois) entre le premier et le second — cohérent avec un taux de pauvreté à 60 % (15,4 % de la population, § 2) légèrement supérieur à 10 %. Un foyer qualifié de « modeste » par tel ou tel dispositif se situe généralement plus haut dans cette distribution, souvent jusqu'au quatrième ou cinquième décile selon le dispositif — mais, faute de seuil harmonisé (paragraphe précédent), cette note ne peut pas fixer une borne précise pour « modeste » comme elle le fait pour « pauvre ».
Contrôles et évaluations
- 2025
Prime d'activité : 4,57 millions de foyers en 2025, un nombre stable pour la première fois
La commission relève que le nombre de foyers bénéficiaires de la prime d'activité est resté stable en 2025 (4,57 millions), et que la précarité alimentaire ne diminue pas malgré la stabilisation du financement des associations.
officiel Sénat, commission des affaires sociales (avis sur la mission « Solidarité, insertion et égalité des chances », PLF 2026) · source
Situation chiffrée
2. Le seuil de pauvreté en France, 1996-2023
Cette série (Insee, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux, déjà chargé) :
| Année | Seuil à 60 % (€/mois) | Taux de pauvreté | Seuil à 50 % (€/mois) | Taux (50 %) |
|---|---|---|---|---|
| 2019 | 1 258 | 14,3 % | 1 049 | 8,1 % |
| 2020 | 1 283 | 13,6 % | 1 069 | 7,5 % |
| 2021 | 1 278 | 14,5 % | 1 065 | 8,3 % |
| 2022 | 1 276 | 14,4 % | 1 063 | 8,1 % |
| 2023 | 1 288 | 15,4 % | 1 073 | 8,4 % |
9,79 millions de personnes vivaient sous le seuil à 60 % en 2023 (5,36 millions sous le seuil à 50 %) — les deux nombres ne s'additionnent pas, le second est un sous-ensemble du premier.
Une rupture de série documentée, pas cachée : l'enquête a été refondue en 2021 (passage à l'ERFS nouvelle formule) — les niveaux mesurés depuis ne sont pas strictement comparables à ceux d'avant 2021, et la valeur 2020 elle-même est signalée fragile par l'Insee (collecte pendant le confinement). L'intensité de la pauvreté (l'écart relatif entre le niveau de vie médian des pauvres et le seuil lui-même, ~19-20 % sur la période) mesure autre chose que le taux : elle dit à quel point ceux qui sont sous le seuil en sont éloignés, pas seulement combien ils sont.
3. La France dans son contexte européen
Cette série (Eurostat, tps00184, seuil à 60 % du revenu médian équivalent — même
définition que le § 2, ce qui rend la comparaison licite, contrairement à une
comparaison avec une mesure construite autrement) :
| Pays | Taux (dernière année disponible) |
|---|---|
| Suède | 15,6 % (2025) |
| Allemagne | 16,1 % (2025) |
| Union européenne (27) | 16,3 % (2025) |
| France | 16,3 % (2025) |
| Roumanie | 18,4 % (2025) |
| Italie | 18,6 % (2025) |
| Espagne | 19,5 % (2025) |
La France se situe exactement à la moyenne de l'Union européenne. Sa série Eurostat (13,3 % en 2014 → 16,3 % en 2025) diffère légèrement de la série Insee du § 2 (14,3 % en 2019, 15,4 % en 2023) : deux enquêtes proches mais non identiques (SRCV/SILC pour Eurostat, ERFS pour l'Insee), qui ne se substituent pas exactement l'une à l'autre — un écart à signaler plutôt qu'à arbitrer.
Limites de la comparaison européenne, à ne pas gommer :
- Le Royaume-Uni n'est plus mis à jour depuis 2018 dans cette série (sortie du dispositif statistique européen après le Brexit) — comparer un taux 2025 français à un taux 2018 britannique reviendrait à comparer deux époques, pas deux pays.
- La Suisse (jusqu'en 2024), la Norvège (jusqu'en 2025) et l'Islande (jusqu'en 2022) sont couvertes avec des dernières années différentes selon le pays — chaque comparaison doit vérifier l'année réellement disponible, pas supposer qu'elle est la même partout.
5. L'aide alimentaire : une pauvreté vécue, pas un doublon du seuil monétaire
Cette série (dispositif de suivi Insee-Drees, six réseaux nationaux — ANDES, Croix-Rouge française, Fédération française des banques alimentaires, Restos du Cœur, Secours catholique, Secours populaire français) éclaire une réalité que le seuil monétaire du § 2 ne capture pas : un foyer au-dessus du seuil de pauvreté peut recourir à l'aide alimentaire (revenu instable, charges imprévues, non-recours à d'autres prestations), et un foyer sous le seuil peut ne jamais y recourir (par choix, par méconnaissance, ou faute d'un point de distribution accessible). Les deux mesures se complètent, elles ne se recoupent pas terme à terme.
Six réseaux, six façons différentes de compter — ce que la table reflète en format long (association, indicateur, valeur) plutôt que d'imposer des colonnes communes qui seraient vides pour la moitié des réseaux :
| Réseau | Ce qu'il publie | Dernière donnée |
|---|---|---|
| Fédération française des banques alimentaires | personnes inscrites, tonnage | 2,15 M personnes, 103 681 t (2020) |
| Croix-Rouge française | colis, tonnage, personnes inscrites | 38 218 t (2020) |
| ANDES (épiceries solidaires) | personnes inscrites, tonnage | 203 106 personnes, 11 769 t (2020) |
| Restos du Cœur | personnes inscrites, repas | 846 237 personnes (campagne hiver 2020-2021) |
| Secours populaire français | personnes inscrites (par trimestre) | 284 318 personnes (T1 2021) |
| Secours catholique | dépenses d'aide directe (€) | 6,62 M€ (2020) |
Ces nombres ne s'additionnent pas d'un réseau à l'autre : une même personne peut être inscrite auprès de plusieurs réseaux à la fois (une banque alimentaire distribue souvent via des associations locales elles-mêmes rattachées à un autre réseau) — sommer les six lignes « personnes inscrites » compterait une partie du public plusieurs fois. Cette note présente donc chaque réseau séparément, jamais un total agrégé.
Trois façons de compter le temps, qui ne se somment pas non plus — un piège déjà rencontré plusieurs fois cette session sur d'autres jeux de données hiérarchiques (SAE, dépense environnementale Eurostat), et traité ici par construction plutôt que par avertissement a posteriori :
periode_type = 'ANNEE': un total annuel mesuré directement.periode_type = 'TRIMESTRE': cinq réseaux suivent le calendrier civil (T1 à T4) ; les trimestres d'une même année ne se somment pas nécessairement au total annuel publié (certaines valeurs trimestrielles 2020 sont des estimations dérivées, non entières dans la source).periode_type = 'CAMPAGNE': les Restos du Cœur suivent leurs deux campagnes de distribution (hiver décembre-février, été juin-août), pas le calendrier civil —periode_libelleconserve l'intitulé exact de la source (« Décembre 2020 à Février 2021 ») plutôt que de le forcer dans un trimestre qui ne correspondrait à rien.
Un fait à signaler, pas à cacher : la série s'arrête en 2021. La dernière édition publiée par la Drees date de juillet 2021, avec des données arrêtées en 2021 pour la plupart des réseaux (2020 seulement pour la Fédération française des banques alimentaires, 2020-2021 pour le Secours populaire). Le dispositif ne semble pas avoir été reconduit depuis. Toute lecture de ces chiffres doit donc se rappeler qu'ils décrivent 2019-2021 — y compris la crise sanitaire, période de forte hausse du recours à l'aide alimentaire — et non la situation actuelle.
Ce que les données ne disent pas
4. Le G8 et le reste du monde : une limite à documenter, pas à contourner
Cette table ne couvre aucun pays hors Europe — ni les États-Unis, ni le Japon, ni le Canada, absents de la nomenclature géographique Eurostat par construction (Eurostat mesure l'Europe). Pour ces pays, la source de référence est l'OCDE, qui publie un taux de pauvreté relative — mais au seuil de 50 % du revenu médian, pas 60 % : la définition n'est pas la même que celle utilisée aux § 2-3, et un chiffre OCDE ne peut donc pas être juxtaposé sans réserve à un chiffre Eurostat/Insee à 60 %. Cette note ne charge pas aujourd'hui de série OCDE — plutôt que d'improviser une comparaison entre deux définitions différentes, elle documente l'absence et la raison précise, conformément à la règle du projet : le non-vérifiable (ici, non chargé et méthodologiquement disjoint) est une réponse de plein droit, pas un chiffre à deviner ou à rapprocher de force.
Sources
- Insee, Revenus et pauvreté des ménages, fichier Insee Première n° 2063.
- Eurostat,
tps00184(taux de risque de pauvreté par pays, seuil à 60 %). - Drees-Insee, Dispositif de suivi de l'aide alimentaire en France, data.drees.solidarites-sante.gouv.fr.
- Insee-Filosofi, déciles nationaux du niveau de vie (2023).
Annexe technique
6. Ce qui est chargé
| # | Source | Volume |
|---|---|---|
| 1 | Insee, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux | 56 lignes, 1996-2023, deux seuils |
| 2 | Eurostat, tps00184 |
441 lignes, jusqu'à 42 pays, 2014-2025 |
| 3 | Insee-Drees, dispositif de suivi de l'aide alimentaire | 326 lignes, six réseaux, 2019-2021 |
| 4 | Insee-Filosofi | déjà chargé, § 1 |
Non chargé, et pourquoi :
- Taux de pauvreté OCDE (États-Unis, Japon, Canada, reste du G8/G20) : identifié, non chargé — seuil à 50 % non harmonisé avec le seuil à 60 % utilisé ici, voir § 4.
- Seuils « foyers modestes » dispositif par dispositif (chèque énergie, barèmes de quotient familial, aides locales…) : volontairement non recensés, § 1 — l'absence d'un seuil unique rend cet inventaire sans objet pour cette note.
- Aide alimentaire au-delà de 2021 : aucune édition plus récente publiée par la Drees identifiée à ce jour.
Versions
- Version 2 (15 septembre 2026) : plan commun des dossiers ; cadre (loi RSA) et contrôle du Sénat sur la mission Solidarité.
- Version 1 (15 septembre 2026) : seuil de pauvreté, comparaison européenne, aide alimentaire.
Page construite depuis le dossier
docs/pauvrete-donnees.md (Dossier · version 2 · 15 septembre 2026) et depuis la base : les faits, les
crédits et les mentions en séance sont relus à chaque construction du site.
Dans la même famille :
Retraites Santé et hôpitaux Chômage Sécurité sociale Cotisations et droits.