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Fiscalité et patrimoine

La TVA : comment elle marche, pour les particuliers et pour les entreprises

La TVA a deux visages. Pour un particulier, c'est un taux affiché sur un ticket de caisse — il y en a quatre, pas un seul. Pour une entreprise, c'est un mécanisme de collecte par étages qui garantit que seule la valeur ajoutée est taxée, jamais le chiffre d'affaires. Ce dossier explique les deux, avec leur base légale précise — pas de plaidoyer sur le niveau des taux.

En bref

1 texte de cadre, chacun relu dans sa source.

Contexte

Dans les comptes rendus de séance de l'Assemblée nationale chargés (du 18 juillet 2024 au 27 octobre 2026), les interventions qui emploient les mots du dossier :

« TVA »983234 orateurs
« taux de TVA »12063 orateurs

Interventions en séance publique de l'Assemblée nationale qui emploient ces mots. Une mention ne dit pas la position de l'orateur.

Enjeux

  1. 2025

    La TVA ne représente plus que 30 % des recettes fiscales nettes de l'État, contre 53 % en 2018

    La Cour constate que la TVA, "principal impôt de rendement corrélé à la croissance économique", fait l'objet depuis 2019 de transferts croissants aux collectivités territoriales et à la Sécurité sociale, si bien qu'elle ne représente plus que 30 % des recettes fiscales nettes de l'État en 2024, contre 53 % en 2018.

    officiel Cour des comptes, analyse de l'exécution budgétaire 2024 — Recettes fiscales de l'État · source

Cadre

  1. 2012

    La loi de finances rectificative pour 2012, qui fixe les taux actuels de 20 % et 10 %

    Son article 68 relève le taux normal de 19,60 % à 20 % et le taux intermédiaire de 7 % à 10 %, pour les opérations dont le fait générateur intervient à compter du 1er janvier 2014.

    officiel Parlement (loi n° 2012-1510) · source

1. Les quatre taux, et qui les fixe

Le Parlement fixe le taux dans la loi de finances, mais pas librement : la directive TVA de l'Union européenne (directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006) encadre la marge de manœuvre de chaque État membre. Son article 97 impose un taux normal d'au moins 15 % ; son article 98 (modifié par la directive (UE) 2022/542 du 5 avril 2022) limite à deux le nombre de taux réduits, chacun d'au moins 5 %, applicables à une liste fermée de catégories de biens et services (annexe III de la directive) — la France ne peut donc pas créer un cinquième taux, ni appliquer un taux réduit à n'importe quel produit.

Les quatre taux français actuels ont été fixés par l'article 68 de la loi de finances rectificative pour 2012 (loi n° 2012-1510 du 29 décembre 2012), pour les opérations dont le fait générateur intervient à compter du 1er janvier 2014 :

Taux Niveau Article du CGI S'applique notamment à
Normal 20 % article 278 La plupart des biens et services
Intermédiaire 10 % article 279 Restauration, transport de voyageurs, travaux d'amélioration du logement, hôtellerie
Réduit 5,5 % article 278-0 bis Produits alimentaires, énergie de chauffage, livres, équipements pour personnes handicapées
Particulier 2,1 % articles 281 quater, sexies et octies Médicaments remboursables, premières représentations de spectacles, presse

Le taux normal et le taux intermédiaire actuels (20 % et 10 %) viennent directement de ce texte, relu dans le corpus du Journal officiel chargé par ce dépôt : « À la fin de l'article 278, le taux : "19,60 %" est remplacé par le taux : "20 %" » et « le taux : "7 %" est remplacé par le taux : "10 %" » (voir le Cadre ci-dessus). Le taux réduit, modifié une seconde fois quelques jours plus tard par la loi de finances pour 2014 pour rester à 5,5 % plutôt que descendre à 5 % comme la loi de 2012 le prévoyait initialement, n'est pas retracé ici avec la même précision article par article — un détail d'enchaînement législatif qui ne change rien au taux réellement appliqué depuis 2014.

Une recodification est déjà programmée : à compter du 1er janvier 2027 (reporté depuis le 1er septembre 2026 par l'ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026), les articles du CGI cités ci-dessus seront abrogés et remplacés par un nouveau Code des impositions sur les biens et services (ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025) — une recodification à droit constant annoncée, pas un changement de taux. Les articles cités dans ce dossier resteront exacts jusqu'à cette date.

2. Pour les entreprises : une collecte par étages qui ne taxe que la valeur ajoutée

La TVA ne taxe que la valeur ajoutée à chaque étageExemple pédagogique : un agriculteur vend pour 100 € HT, un transformateur pour 250 € HT, un distributeur pour 400 € HT au consommateur final (480 € TTC). À chaque étage, la TVA collectée sur la vente moins la TVA déductible sur les achats donne la TVA nette versée à l'État : 20 €, 30 € et 30 €, soit 80 € au total — exactement la TVA payée par le consommateur final.Agriculteurvend 100 € HTTransformateurvend 250 € HTDistributeurvend 400 € HTConsommateur finalpaie 480 € TTC100 € HT250 € HT400 € HTTVA collectée : 20 €− déductible : 0 €= nette versée : 20 €TVA collectée : 50 €− déductible : 20 €= nette versée : 30 €TVA collectée : 80 €− déductible : 50 €= nette versée : 30 €État20 € + 30 € + 30 € = 80 € reçusExactement les 80 € de TVA payés par le consommateur final
Exemple pédagogique (pas une chaîne de transactions réelles observées, voir « Ce que les données ne disent pas ») : à chaque étage, TVA collectée moins TVA déductible donne la TVA nette versée à l'État — la somme des trois retombe exactement sur la TVA payée par le consommateur final.

Chaque entreprise assujettie facture la TVA à son client (TVA collectée) et récupère la TVA qu'elle a elle-même payée à ses fournisseurs (TVA déductible) : elle ne reverse à l'État que la différence, la TVA nette versée. Le schéma ci-dessus le montre sur une chaîne à trois étages — un agriculteur, un transformateur, un distributeur — jusqu'au consommateur final : 20 € + 30 € + 30 € = 80 €, exactement la TVA que paie le consommateur final sur son achat à 400 € HT. Ajouter un transporteur, un grossiste ou n'importe quel autre intermédiaire ne changerait rien à ce total : chaque étage supplémentaire ne reverserait que la TVA sur SA propre valeur ajoutée, jamais une seconde fois sur celle des étages précédents.

Les montants de cet exemple sont pédagogiques, explicitement étiquetés comme tels — aucune source ne publie de chaîne de transactions réelles à ce niveau de détail par filière (voir « Ce que les données ne disent pas »). Le mécanisme qu'ils illustrent, en revanche, est réel et vérifiable dans le code général des impôts (articles 271 et suivants sur le droit à déduction).

C'est ce mécanisme, pas un contrôle de gendarme fiscal, qui garantit que seule la valeur ajoutée est taxée : une entreprise qui gonflerait artificiellement son prix de vente sans ajouter de valeur collecterait plus de TVA, mais devrait aussi la reverser en entier, sans l'avoir compensée par une déduction supplémentaire — l'opération ne lui rapporterait rien.

Ce que les données ne disent pas

3. Ce qui reste hors de portée de cette version

  • Le coût budgétaire de chaque taux réduit ou particulier (combien coûte, par exemple, le taux à 5,5 % sur les produits alimentaires plutôt que 20 %) : déjà chargé dans core.depense_fiscale (plusieurs dizaines de lignes concernent directement la TVA), mais pas encore présenté dans un dossier dédié — à faire séparément.
  • Une chaîne de transactions réelles, filière par filière : aucune source ouverte ne publie, pour un produit donné, le détail collecté/déductible/net à chaque étage de sa production — l'exemple du § 2 reste un exemple.
  • La fraude à la TVA (carrousels, écart de TVA) : un sujet à part, traité dans le dossier sur la fraude fiscale, pas ici.
  • Les régimes particuliers (franchise en base pour les micro-entreprises, régime des biens d'occasion, TVA à l'importation, autoliquidation) : réels, mais hors du périmètre pédagogique de cette première version.
Sources
  • Légifrance, code général des impôts, articles 278, 279, 278-0 bis, 281 quater, 281 sexies, 281 octies (taux de TVA en vigueur).
  • Légifrance, loi n° 2012-1510 du 29 décembre 2012 de finances rectificative pour 2012, article 68 (JORFTEXT000026857857).
  • EUR-Lex, directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006, articles 97 et 98 (modifié par la directive (UE) 2022/542 du 5 avril 2022).
  • Légifrance, ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025 (Code des impositions sur les biens et services) et ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026 (report de son entrée en vigueur au 1er janvier 2027).
  • Cour des comptes, Analyse de l'exécution budgétaire 2024 — Recettes fiscales de l'État, avril 2025.
Versions
  • Version 1 (17 septembre 2026) : les quatre taux et leur base légale ; le mécanisme de collecte par étages pour les entreprises, avec un exemple chiffré pédagogique explicitement étiqueté comme tel.

Page construite depuis le dossier docs/tva-donnees.md (Dossier · version 1 · 17 septembre 2026) et depuis la base : les faits, les crédits et les mentions en séance sont relus à chaque construction du site. Dans la même famille : Dépenses fiscales (niches) Fraude fiscale Évasion fiscale SCI et holdings Répartition de la richesse.

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