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Les guerres de décolonisation : Algérie et Indochine
Deux guerres, deux issues, et des bilans humains dont plusieurs restent aujourd'hui encore disputés entre historiens — parfois d'un facteur dix. Ce dossier ne choisit pas un camp de l'historiographie : quand un chiffre est contesté, il montre les fourchettes plutôt que d'en retenir une.
2 textes de cadre, chacun relu dans sa source.
Cadre
- 1962
La loi qui donne effet aux accords d'Évian
Votée au lendemain du référendum du 8 avril 1962 (90,8 % de oui), cette loi habilite le président de la République à prendre par ordonnances les mesures nécessaires à l'application des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 — le nom officiel des accords d'Évian dans les textes français de l'époque, qui ne parlent pas d'un traité au sens classique.
officiel Parlement (loi n° 62-421) · source
- 1999
La loi qui reconnaît juridiquement l'expression « guerre d'Algérie »
Jusqu'à cette loi, les textes officiels ne parlaient que d'« opérations effectuées en Afrique du Nord » ; votée à l'unanimité des deux chambres, elle substitue partout l'expression « guerre d'Algérie ou combats en Tunisie et au Maroc » — trente-sept ans après le cessez-le-feu.
officiel Parlement (loi n° 99-882) · source
1. Ce que la carte ci-dessous montre, et ce qu'elle ne montre pas
Aucune géométrie de champ de bataille n'a été trouvée pour ces deux guerres — ni pour la « ligne Morice » (le barrage électrifié à la frontière algéro-tunisienne), ni pour les sites d'essais nucléaires du Sahara, ni pour les frontières résultant des accords d'Évian. Sur ce point, ce dossier reste entièrement sourcé en chiffres et en citations précises plutôt que de construire une carte à partir de coordonnées reconstituées.
En revanche, l'étendue territoriale de l'Indochine française et la partition du Viêt Nam de 1954 sont, elles, chargées : CShapes 2.0 (la même source que le dossier sur l'empire colonial) modélise ces contours à précision journalière, avant comme après les accords de Genève.
Avant les accords de Genève
Après (1954-1975)
Situation chiffrée
2. La guerre d'Algérie (1954-1962) : le bilan civil, deux chiffres jamais réconciliés
Le bilan humain global de la guerre reste, plus de soixante ans après, un désaccord de fond entre deux sources, pas un simple écart de méthode :
| Source | Bilan des victimes algériennes |
|---|---|
| FLN / gouvernement algérien | Environ 1,5 million de morts |
| Historiographie française (démographes, archives militaires) | Entre 250 000 et 400 000 morts |
Ce dossier ne retient ni l'un ni l'autre comme le chiffre juste : l'écart, d'un facteur trois à six, reflète des méthodes de comptage et des sources radicalement différentes (extrapolation démographique côté algérien, dépouillement d'archives militaires et civiles côté français), documentées et débattues depuis les années 1960 sans qu'aucun travail n'ait fait consensus. Présenter un seul chiffre — quel qu'il soit — masquerait ce désaccord réel plutôt que de l'exposer.
Les pertes militaires françaises, à l'inverse, font l'objet d'un chiffre relativement stable : environ 25 000 à 26 000 « morts pour la France » entre le 1ᵉʳ janvier 1952 et le 2 juillet 1962 (Service historique de la Défense, base Mémoire des Hommes), auxquels s'ajoutent environ 65 000 blessés et 485 disparus selon les décomptes qui détaillent ce total.
3. Harkis, rapatriés, disparus : trois bilans à la précision très inégale
Les harkis : le nombre engagé varie fortement selon le périmètre retenu — environ 57 000 à 60 000 harkis au sens strict (1959-1961), mais jusqu'à 200 000 à 250 000 si l'on compte l'ensemble des supplétifs musulmans de l'armée française (moghaznis, groupes mobiles de sécurité, groupes d'autodéfense). Le nombre de harkis massacrés après l'indépendance reste l'un des bilans les plus disputés de cette guerre : une fourchette de 10 000 à 150 000 circule selon les auteurs — le chiffre haut provient d'une extrapolation, à partir d'un seul arrondissement (Akbou), multipliée par 72 pour estimer un total national, une méthode que plusieurs historiens jugent fragile. Ce dossier cite les deux bornes plutôt que d'en retenir une.
Les rapatriés d'Algérie : environ 600 000 à 650 000 personnes lors de l'exode de mai-juin 1962, un total cumulé souvent porté à 900 000-968 685 dans un décompte rétrospectif de l'Insee (1985) qui inclut les départs ultérieurs — deux chiffres qui répondent à deux questions différentes (un exode ponctuel, un total sur plusieurs années), pas une contradiction.
Les disparus européens de l'été 1962 bénéficient, à la différence des deux bilans précédents, d'une enquête officielle structurée (1963) : 3 018 signalements entre le 19 mars et le 31 décembre 1962, dont 1 245 personnes retrouvées ou libérées, et 1 773 cas non résolus, dont environ 1 165 décès certifiés ou quasi certains. La distinction entre « certifié » et « signalé » est explicite dans la source elle-même — ce dossier la conserve plutôt que de citer le total de 3 018 comme un nombre de morts.
4. Les essais nucléaires du Sahara (1960-1966)
La France a procédé à 17 essais nucléaires dans le Sahara algérien : 4 essais atmosphériques à Reggane (13 février 1960 - 25 avril 1961) et 13 essais souterrains à In Ekker (7 novembre 1961 - 16 février 1966) — les derniers ayant eu lieu après l'indépendance algérienne, dans le cadre des clauses militaires des accords d'Évian. La Commission d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN), créée par la loi Morin de 2010, a recensé 581 cas d'exposition dépassant 5 mSv sur le site saharien, dont 102 dépassant 50 mSv — des chiffres de suivi radiologique, pas un bilan sanitaire global des populations civiles environnantes, que ce dossier ne peut pas établir à partir des sources trouvées.
5. La guerre d'Indochine (1946-1954)
L'étendue territoriale et la partition de 1954 sont montrées en carte au § 1 : l'Indochine française (Cambodge, Laos, Viêt Nam unifié) à sa dernière extension, puis les deux États nés des accords de Genève du 21 juillet 1954 — République démocratique du Viêt Nam au nord, République du Viêt Nam au sud — jusqu'à la chute de Saïgon le 30 avril 1975. Cette carte ne couvre ni les lignes de front ni les zones de combat de la guerre elle-même (voir § 1) : c'est un repère géographique pour les bilans chiffrés ci-dessous, pas une carte militaire.
La population des trois pays, 1500-2000 (CLIO-INFRA, licence CC0-1.0) — un repère démographique de longue durée, jamais un recensement de l'Indochine française elle-même (voir la réserve du § 3 du dossier empire colonial, qui renvoie ici) :
Vietnam
Cambodge
Laos
Les pertes de l'Union française : le décompte au 1ᵉʳ juin 1954 retient environ 92 000 morts, disparus ou morts de maladie, avec une décomposition citée par plusieurs sources — environ 20 000 métropolitains, 11 000 légionnaires, 15 000 troupes originaires d'Afrique, et 46 000 supplétifs indochinois engagés aux côtés de la France. D'autres décomptes retiennent des bases différentes (76 000 morts au combat depuis 1946, ou 83 300 « morts pour la France ») — un écart qui tient, comme pour la Seconde Guerre mondiale (voir ce dossier), au périmètre retenu (combat seul, ou combat plus maladie et captivité), pas à un désaccord sur les faits.
Les prisonniers de Diên Biên Phu (mai 1954) : entre 10 000 et 11 721 prisonniers selon les décomptes, avec un taux de mortalité en captivité d'environ 70 % — parmi les plus élevés documentés pour des prisonniers de guerre français au XXᵉ siècle.
Les pertes vietnamiennes restent, comme le bilan civil algérien, profondément incertaines : le chiffre officiel vietnamien retient 191 605 morts militaires, quand une estimation ancienne mais souvent citée (général Yves Gras) avance environ 500 000 morts toutes causes confondues. Aucun travail ne fait consensus entre ces deux ordres de grandeur — ce dossier les cite tous les deux plutôt que d'en choisir un.
Ce que les données ne disent pas
6. Ce qui reste hors de portée de cette version
- Aucune géométrie de champ de bataille n'est chargée (§ 1) : ligne Morice, sites nucléaires, frontières d'Évian n'ont pas de source ouverte vérifiée identifiée — l'étendue territoriale et la partition de 1954 (§ 1, § 5), elles, le sont depuis cette version.
- La répartition départementale des rapatriés en France : une étude de l'Insee sur le recensement de 1968 existe (Économie et Statistique n° 45, 1973) mais n'est pas disponible en données brutes réutilisables — seulement en article.
- Le bilan sanitaire civil des essais nucléaires (§ 4) : les chiffres CIVEN mesurent une exposition individuelle suivie dans le cadre d'une procédure d'indemnisation, pas une étude épidémiologique des populations sahariennes.
- Le nombre exact de harkis engagés et massacrés (§ 3) : deux fourchettes larges, aucune ne fait consensus — documentées comme telles, pas resserrées artificiellement par ce dossier.
Sources
- Service historique de la Défense, base Mémoire des Hommes (pertes militaires françaises, Algérie et Indochine, § 2, § 5) — export en masse non vérifié comme accessible au moment de l'écriture (blocage technique du site, comme pour les dossiers Première et Seconde Guerres mondiales).
- FLN / gouvernement algérien et historiographie française (démographes, archives militaires), bilan civil de la guerre d'Algérie (§ 2).
- Enquête officielle de 1963 sur les disparus européens d'Algérie (§ 3).
- Commission d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN), loi Morin de 2010 (§ 4).
- Historiographie de la guerre d'Indochine, dont le général Yves Gras pour l'estimation des pertes vietnamiennes (§ 5).
- CShapes 2.0 (ETH Zürich, International Conflict Research), contours historiques de l'Indochine française et de la partition du Viêt Nam de 1954, licence CC BY-NC-SA 4.0 (§ 1, § 5) — même source que le dossier sur l'empire colonial, voir ci-dessous.
- CLIO-INFRA (IISH Amsterdam), population du Viêt Nam, du Cambodge et du Laos, 1500-2000, licence CC0-1.0 (§ 5).
- La France coloniale : géographie, chronologie et ce qui reste contesté, pour le contexte géographique et chronologique de l'empire colonial français.
- La France dans la Seconde Guerre mondiale : occupation, pertes, déportation, pour le même écart de méthode sur un bilan de pertes militaires françaises (§ 2 de ce dossier, § 2 de celui-ci).
Versions
- Version 4 (20 septembre 2026) : la carte de la partition de 1954
(§ 1) montrait le Cambodge, le Laos et le Viêt Nam seuls sur un fond
uni, reconnaissables seulement par qui connaît déjà leur silhouette —
signalé directement à la vue de la carte publiée. Chine, Thaïlande,
Birmanie et Malaisie y apparaissent désormais en simple repère
géographique (
geo.contour_pays, chacune limitée à sa part la plus proche de l'Indochine), la carte est recadrée pour laisser de la mer visible à l'est et au sud, et chaque forme porte maintenant un nom affiché au survol ou au focus clavier plutôt que la seule infobulle native du navigateur. - Version 3 (20 septembre 2026) : population du Viêt Nam, du Cambodge et du Laos, 1500-2000 (CLIO-INFRA, CC0-1.0) — un repère démographique de longue durée, jamais un recensement de l'Indochine française.
- Version 2 (20 septembre 2026) : première carte du dossier —
l'Indochine française avant les accords de Genève et la partition du
Viêt Nam de 1954 (CShapes 2.0,
geo.indochine_partition_1954) ; la limite « aucune géométrie » du § 1 est reformulée pour ne plus porter que sur les champs de bataille (ligne Morice, sites nucléaires, frontières d'Évian), toujours hors de portée. - Version 1 (19 septembre 2026) : premier chargement, entièrement en citations sourcées — bilan civil algérien montré en deux chiffres non réconciliés (FLN/historiographie française), pertes militaires des deux guerres, harkis, rapatriés, disparus européens, essais nucléaires du Sahara, prisonniers de Diên Biên Phu et pertes vietnamiennes.
Page construite depuis le dossier
docs/guerres-decolonisation-donnees.md (Dossier · version 4 · 20 septembre 2026) et depuis la base : les faits, les
crédits et les mentions en séance sont relus à chaque construction du site.
Dans la même famille :
La France coloniale La France dans la Seconde Guerre mondiale Le fascisme.