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La France coloniale : géographie, chronologie et ce qui reste contesté
Où, quand, et jusqu'à quand la France a-t-elle administré des territoires hors de la métropole ? Ce dossier montre l'étendue et la chronologie de l'empire colonial français avec des données géographiques réelles, sans reprendre ni un réquisitoire ni une défense — et sans trancher les points que l'histoire elle-même laisse contestés, comme le bilan des répressions coloniales.
Cadre
1. Trois régimes juridiques, pas un empire uniforme
Le mot « colonie » recouvre en réalité trois statuts juridiques distincts, que ce dossier distingue systématiquement plutôt que de les confondre sous un même terme :
- Colonie : administrée directement par la France (l'Algérie — un ensemble de départements à partir de 1848 —, le Sénégal, la Côte d'Ivoire, Madagascar...).
- Protectorat : une souveraineté locale formellement maintenue (sultanat, bey, roi), l'autorité française s'exerçant par un traité imposé (la Tunisie depuis 1881, le Maroc depuis 1912, le Cambodge et le Laos).
- Mandat, puis tutelle : un territoire confié à la France par la Société des Nations après 1919 (anciennes colonies allemandes), converti en tutelle des Nations unies en 1946 (le Cameroun, le Togo) — un statut international qui obligeait la France à en rendre compte à une organisation internationale, à la différence d'une colonie de plein exercice.
Situation chiffrée
2. L'étendue géographique et la chronologie des indépendances
22 territoires, cartographiés à leur dernière extension avant l'indépendance (CShapes 2.0, ETH Zürich — un jeu de contours historiques à précision journalière, téléchargé et vérifié directement). Trois vagues de décolonisation ressortent nettement, pas une évolution continue :
- 1953-1956 : l'Indochine (Cambodge, Laos, puis le Viêt Nam par les accords de Genève) et l'Afrique du Nord (Tunisie, Maroc) — six territoires en trois ans. Ce compte s'arrête au départ français : les deux États nés de la partition du Viêt Nam le 21 juillet 1954 (République démocratique du Viêt Nam au nord, République du Viêt Nam au sud) n'ont pas de date d'indépendance vis-à-vis de la France — celle-ci est déjà actée à cette même date pour l'ensemble du Viêt Nam — et ne sont donc pas comptés parmi ces 22 territoires ; leur géométrie (même source CShapes) est chargée séparément et cartographiée dans le dossier Les guerres de décolonisation.
- 1958-1962, « l'année de l'Afrique » et l'Algérie : quatorze territoires d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique équatoriale accèdent à l'indépendance en 1960 dans les deux mois d'août à novembre — un mouvement délibérément groupé, pas un hasard de calendrier —, la Guinée les ayant précédés dès 1958 et l'Algérie les suivant en 1962 au terme d'une guerre (traitée dans le dossier dédié aux guerres de décolonisation, pas ici).
- 1975-1977 : les Comores et Djibouti, les deux derniers territoires, clôturent la séquence quinze ans plus tard.
| Territoire | Région | Régime | Rattachement | Indépendance |
|---|---|---|---|---|
| 1953-1956 : Indochine et Afrique du Nord | ||||
| Laos | Asie du Sud-Est | protectorat | 1893 | 22 octobre 1953 |
| Cambodge | Asie du Sud-Est | protectorat | 1863 | 9 novembre 1953 |
| Vietnam (Cochinchine, Annam, Tonkin) | Asie du Sud-Est | colonie puis protectorat | 1862 | 21 juillet 1954 |
| Maroc | Afrique du Nord | protectorat | 1912 | 2 mars 1956 |
| Tunisie | Afrique du Nord | protectorat | 1881 | 20 mars 1956 |
| 1958-1962 : Afrique de l'Ouest, Afrique équatoriale et Algérie | ||||
| Guinée | Afrique de l'Ouest | colonie | 1894 | 2 octobre 1958 |
| Cameroun | Afrique équatoriale | mandat puis tutelle | 1919 | 1 janvier 1960 |
| Madagascar | Afrique de l'Est et océan Indien | colonie | 1896 | 26 juin 1960 |
| Dahomey (Bénin) | Afrique de l'Ouest | colonie | 1894 | 1 août 1960 |
| Niger | Afrique de l'Ouest | colonie | 1922 | 3 août 1960 |
| Haute-Volta (Burkina Faso) | Afrique de l'Ouest | colonie | 1919 | 5 août 1960 |
| Côte d'Ivoire | Afrique de l'Ouest | colonie | 1893 | 7 août 1960 |
| Tchad | Afrique équatoriale | colonie | 1900 | 11 août 1960 |
| Oubangui-Chari (Centrafrique) | Afrique équatoriale | colonie | 1906 | 13 août 1960 |
| Congo (Moyen-Congo) | Afrique équatoriale | colonie | 1891 | 15 août 1960 |
| Gabon | Afrique équatoriale | colonie | 1886 | 17 août 1960 |
| Sénégal | Afrique de l'Ouest | colonie | 1854 | 20 août 1960 |
| Mali (Soudan français) | Afrique de l'Ouest | colonie | 1880 | 22 septembre 1960 |
| Mauritanie | Afrique de l'Ouest | colonie | 1904 | 28 novembre 1960 |
| Algérie | Afrique du Nord | colonie | 1830 | 5 juillet 1962 |
| 1975-1977 : Comores et Djibouti | ||||
| Comores | Afrique de l'Est et océan Indien | colonie | 1886 | 6 juillet 1975 |
| Djibouti | Afrique de l'Est et océan Indien | colonie | 1896 | 27 juin 1977 |
L'empire à quatre dates fixes, pas seulement à son dernier jour : la carte ci-dessus ne montre chaque territoire qu'à sa dernière extension avant l'indépendance — un instantané du rétrécissement de l'empire, jamais de sa croissance. CShapes modélise chaque territoire comme une suite de périodes, pas un seul point : on peut donc le situer à des dates choisies pour elles-mêmes, pas pour marquer une fin.
Quatorze territoires en 1900, vingt dès 1920, vingt encore en 1938, vingt-et-un en 1946 (les Comores, rattachées en 1886 mais administrées depuis Madagascar jusqu'en 1946, n'apparaissent qu'à cette dernière date) — la géographie de l'empire était déjà presque entièrement fixée avant la Seconde Guerre mondiale ; les dates d'indépendance de la carte précédente disent quand il s'est défait, pas quand il s'est formé.
Cinq des six territoires absents en 1900 le sont parce qu'ils n'étaient pas encore français à cette date : le Maroc (protectorat en 1912), la Mauritanie (1904), le Cameroun (mandat de la SDN en 1919), la Haute-Volta et l'Oubangui-Chari (colonies distinctes créées respectivement en 1919 et 1906). Le sixième, le Soudan français (Mali), était déjà une colonie depuis 1880 mais n'apparaît qu'à partir de 1920 : CShapes ne publie pas de géométrie pour cette entité avant 1905 (un repère à 1900 tomberait avant le début de son propre panel, distinct du repère général de 1886 cité plus bas) — une limite de la source, pas une absence politique.
Une limite réelle de la source géographique : le panel CShapes démarre au 1er janvier 1886 pour toutes les entités — la conquête de l'Algérie (1830) n'y est donc pas visible comme un changement de frontière propre, seule sa situation à partir de 1886 l'est. Les dates de rattachement antérieures à 1886 citées dans le tableau viennent d'une vérification séparée, territoire par territoire, sur Wikidata — une année communément retenue par l'historiographie, pas une donnée à la précision du jour comme les dates d'indépendance.
3. Ce que ce dossier ne peut pas chiffrer : démographie et économie coloniales
La démographie coloniale : les recensements de l'époque existent — Gallica héberge, par exemple, les Résultats statistiques du recensement général de la population de 1936 pour l'ensemble de l'empire — mais ce sont des documents numérisés (image ou PDF), pas des données structurées. Les extraire ligne par ligne demanderait un travail de saisie que ce dossier n'a pas fait ; aucun chiffre de population COLONIALE par territoire et par période n'est donc chargé ici, seulement cité au cas par cas quand une source secondaire fiable le permet. Une série voisine, mais distincte, existe pour trois anciens territoires : CLIO-INFRA (IISH Amsterdam, licence CC0-1.0) publie la population du Viêt Nam, du Cambodge et du Laos depuis 1500 — aux frontières ACTUELLES de ces trois pays, jamais au périmètre de l'Indochine française ni aux effectifs d'un recensement colonial. Chargée et présentée dans le dossier Les guerres de décolonisation, pas ici, où elle ne répondrait pas à la question posée par ce paragraphe.
L'économie coloniale et le « pacte colonial » (le principe, appliqué à
des degrés variables selon les périodes, réservant le commerce des
colonies à la métropole) : aucune série chiffrée de flux commerciaux
France-colonies à l'échelle du territoire n'a été identifiée en donnée
ouverte structurée au moment de l'écriture. La base CEPII TRADHIST (commerce
bilatéral historique, 1827-2014) a été localisée et est accessible, mais
son format (fichiers Stata .dta) et la question de savoir si elle
distingue les colonies de leur métropole avant l'indépendance n'ont pas pu
être vérifiés dans le temps disponible — piste identifiée, non chargée,
à reprendre, plutôt qu'une affirmation sur le contenu d'un fichier non
ouvert.
Ce que les données ne disent pas
4. Les répressions coloniales : des bilans contestés, montrés côte à côte
Ce dossier ne tranche pas entre des chiffres qui font l'objet d'un désaccord historiographique réel — les présenter comme un nombre unique masquerait ce désaccord plutôt que de l'exposer :
| Épisode | Bilan officiel de l'époque | Fourchettes avancées par les historiens |
|---|---|---|
| Sétif, Guelma et Kherrata (mai 1945, Algérie) | 1 165 morts (bilan français officiel de l'époque) | De 3 000 à 30 000 selon les auteurs ; le Parti du peuple algérien avançait 45 000 ; Charles-Robert Ageron, entre 6 000 et 8 000 |
| Insurrection de Madagascar (1947-1948) | — | Un chiffre de 89 000 à 100 000 morts, longtemps retenu, a été révisé par des travaux historiques récents à une fourchette de 12 000 à 23 000 |
Aucune base de données ne consolide ce désaccord : seules des synthèses narratives (travaux d'historiens, encyclopédies spécialisées) le documentent, pas un jeu de données requêtable. Ce tableau les met côte à côte plutôt que d'en choisir une — cohérent avec le principe du dépôt de ne jamais résoudre par un chiffre un fait réellement contesté (voir déjà le traitement retenu pour le bilan de la guerre d'Algérie, dossier Guerres de décolonisation).
5. Ce qui reste hors de portée de cette version
- La démographie et l'économie coloniales (§ 3) : pistes identifiées, non chargées faute de données structurées ou de temps de vérification suffisant — voir le détail des raisons ci-dessus.
- Les mandats français au Levant (Syrie, Liban, 1920-1943/1946) ne sont pas couverts par ce dossier, centré sur l'Afrique, l'Afrique du Nord et l'Asie du Sud-Est — un chantier distinct si un besoin se précise.
- Les territoires restés français (Guyane, Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna, Mayotte) ne figurent pas dans ce dossier : leur histoire administrative ne s'est pas terminée par une indépendance, ce qui en fait un sujet à part entière, pas une case vide de ce tableau.
- Les guerres de décolonisation (Algérie, Indochine) et leurs bilans humains propres sont traités dans un dossier dédié, pas ici, pour ne pas dupliquer le travail de vérification des chiffres contestés qu'elles appellent spécifiquement — y compris la partition du Viêt Nam de 1954, qui y est cartographiée plutôt que dans ce dossier-ci (voir § 2).
Sources
- CShapes 2.0 (ETH Zürich, International Conflict Research), contours historiques par pays, licence CC BY-NC-SA 4.0 (§ 2).
- Wikidata, déclarations sourcées par territoire (dates de rattachement et d'indépendance vérifiées individuellement, § 2).
- Gallica (Bibliothèque nationale de France), recensements coloniaux numérisés, citation non chargée (§ 3).
- CEPII, base TRADHIST, piste identifiée non chargée (§ 3).
- Historiographie de Sétif-Guelma-Kherrata (1945) et de l'insurrection de Madagascar (1947), fourchettes citées d'après les travaux publiés (§ 4).
Annexe technique
6. Ce qui est chargé
| # | Source | Table | Volume |
|---|---|---|---|
| 1 | CShapes 2.0 (géométries) + Wikidata (dates, vérifiées territoire par territoire) | geo.territoire_colonial |
22 territoires |
Non chargé, et pourquoi :
- Démographie coloniale par territoire et par période : Gallica ne publie que des documents numérisés, pas une donnée structurée (§ 3).
- Flux commerciaux France-colonies (« pacte colonial ») : CEPII TRADHIST identifiée mais non vérifiée à ce niveau de détail dans le temps disponible (§ 3).
- Bilans chiffrés des répressions de Sétif-Guelma-Kherrata et de Madagascar : aucune base de données ne les consolide, seulement des travaux d'historiens dont les fourchettes divergent (§ 4).
Versions
- Version 3 (21 septembre 2026) : noms des territoires ajoutés sur la carte principale (les 20 territoires assez grands pour porter un nom lisible à l'échelle du monde, sur 22 — Comores et Djibouti trop petits). Le regroupement ouest-africain (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Haute-Volta, Sénégal, Guinée, Côte d'Ivoire, Dahomey, Cameroun, Oubangui-Chari, Gabon, Congo) reste dense malgré une taille de texte réduite : un vrai algorithme d'évitement de collisions serait nécessaire pour le résoudre complètement, hors de portée de cette itération.
- Version 2 (20 septembre 2026) : l'empire à quatre dates fixes (1900/1920/1938/1946, § 2) plutôt qu'à sa seule dernière extension avant chaque indépendance — montre sa croissance, pas seulement son rétrécissement. Fond des pays actuels et teinte d'océan ajoutés à la carte principale (auparavant des territoires flottant sur un fond vide).
- Version 1 (19 septembre 2026) : premier chargement — géographie et chronologie de 22 territoires (CShapes 2.0, Wikidata), trois vagues de décolonisation identifiées, deux répressions coloniales documentées en fourchettes contestées plutôt qu'en chiffre unique.
Page construite depuis le dossier
docs/empire-colonial-donnees.md (Dossier · version 3 · 21 septembre 2026) et depuis la base : les faits, les
crédits et les mentions en séance sont relus à chaque construction du site.
Dans la même famille :
La France dans la Seconde Guerre mondiale Le fascisme Les guerres de décolonisation : Algérie et Indochine.