La répartition de la richesse en France : ce qu'il y a dans le dernier décile
Le dixième décile de niveau de vie (les 10 % les plus aisés) n'a pas de plafond —
mais à l'intérieur, le 1 %, le 0,1 % et le 0,01 % les plus aisés ne vivent pas la
même chose. Ce dossier ouvre ce dixième décile pour le revenu, puis fait de même pour le
patrimoine — une notion distincte, jamais additionnée au revenu.
Les seuils au sommet de la distribution de revenu, 2021
Niveau de vie annuel par unité de consommation (Insee-Filosofi) : au-delà de ce seuil,
on appartient au groupe indiqué. Même principe que la carte des déciles D1 à D9 du
dossier pauvreté : le sommet, lui, n'a pas de plafond connu
au-delà de 0,01 %, la barre s'estompe pour le dire plutôt que de s'arrêter net.
Seuil d'appartenance à…
Revenu avant redistribution
Niveau de vie (après redistribution)
Personnes concernées
Médiane (50 %)
24 800 €/an
23 070 €/an
32 752 606
10 % les plus aisés
50 140 €/an
41 220 €/an
6 550 521
1 % les plus aisés
121 370 €/an
90 140 €/an
655 052
0,1 % les plus aisés
332 420 €/an
234 170 €/an
65 505
0,01 % les plus aisés
1 160 070 €/an
850 550 €/an
6 550
Le revenu avant redistribution (avant impôts et prestations sociales) est
toujours supérieur au niveau de vie après redistribution, mais l'écart entre les deux ne pèse pas
pareil selon le niveau : proportionnellement bien plus réduit par la redistribution pour la médiane
que pour le 0,01 % les plus aisés. Ces seuils sont un millésime unique (2021), pas une série.
La colonne « personnes concernées » est un ordre de grandeur calculé — le
pourcentage du groupe appliqué à la population de France métropolitaine 2021
(65 505 213 personnes, Insee) — pas un chiffre publié directement par Filosofi, dont
le champ exact (ménages fiscaux à revenu positif ou nul) est légèrement plus étroit.
Le détail, § 1.
La part du revenu captée par le sommet, 2004–2021
Part de la masse des revenus déclarés par unité de consommation. Le 1 % les plus
aisés en captaient 6,3 % en 2004, 7,7 %
en 2021.
Le 0,1 % les plus aisés, à l'intérieur du précédent : de
1,7 % à 2,6 %.
Concrètement, en 2021 : il fallait un revenu avant
redistribution supérieur à 332 420 €/an par unité de consommation pour
appartenir aux 0,1 % les plus aisés, contre 24 800 €/an pour la
médiane — 13 fois plus (seuils du § 1 ci-dessus). C'est l'ancrage en euros
que les points de pourcentage seuls ne donnent pas : une part qui passe de
1,7 % à 2,6 % se joue entre des revenus de cet
ordre, pas entre des abstractions statistiques.
Une rupture de série existe en 2012-2013 (changement de source statistique,
Filosofi remplaçant les revenus fiscaux localisés) — la source elle-même la documente, elle n'est
pas lissée ici. Le 0,01 % n'a pas de série équivalente : la fiche Insee qui
publie ces parts année par année (le tableau ci-dessus) s'arrête au 0,1 %, un cran plus large
que le seuil Q99,99 du § 1 — non chargé ici faute d'existence dans cette source, pas par choix.
Convertir ces parts en montants cumulés (en milliards d'euros, pour 2004, 2013, 2018, 2021)
n'est pas fait ici : cela suppose de connaître la masse totale des revenus déclarés par UC
chaque année, une donnée qu'aucune fiche Insee consultée ne publie dans ce champ précis (ménages
fiscaux, unité de consommation) — la reconstituer à partir d'un autre agrégat (revenu disponible brut
des ménages en comptabilité nationale, par exemple) mélangerait deux notions de revenu différentes,
ce que ce dossier évite systématiquement. Le
détail, § 2.
Qui capte quoi, 2021
Les quatre groupes ci-dessus, non recouvrants, pour la dernière année de la série — la
largeur de chaque segment EST sa part, pour donner à voir d'un coup ce que les courbes montrent dans
le temps :
90 % les plus modestes — 71,9 % du revenu, environ
47 098 248 personnes
9 % suivants — 20,4 % du revenu, environ
13 363 063 personnes
0,9 % suivants — 5,1 % du revenu, environ
3 340 765 personnes
0,1 % les plus aisés — 2,6 % du revenu, environ
1 703 135 personnes
Le 100 % de ce diagramme, c'est la masse des revenus déclarés par unité de
consommation de l'ensemble de la population (France métropolitaine, ménages fiscaux à revenu positif
ou nul) — une masse réelle, mais dont l'Insee ne publie le montant total en euros
nulle part dans cette fiche (§ 2 du détail explique pourquoi ce dossier ne le reconstitue pas depuis
un autre agrégat). Les effectifs, eux, sont un ordre de grandeur calculé à partir de la population de
France métropolitaine 2021, comme au § 1 — pas un chiffre publié directement par la
source. Le 0,01 % n'apparaît pas comme cinquième segment : la même fiche qui
publie ces quatre parts année par année s'arrête au 0,1 %, sans le sous-diviser — seul son
seuil d'entrée (1 160 070 €/an par UC en 2021), pas sa part du
revenu, est connu et déjà montré au § 1 ci-dessus.
Le patrimoine des plus hauts patrimoines, 2021
Patrimoine brut (avant déduction des emprunts), France hors Mayotte. Une notion
distincte du revenu ci-dessus, jamais additionnée.
Tranche
Seuil bas 2021
Patrimoine moyen 2021
Part de la masse (2021)
Du 90ᵉ au 95ᵉ centile
716 300 €
858 400 €
14 %
Du 95ᵉ au 99ᵉ centile
1 034 600 €
1 434 000 €
18 %
Au-delà du 99ᵉ centile
2 239 200 €
4 869 000 €
15 %
La tranche la plus fine ci-dessus (au-delà du 99ᵉ centile) reste très en-deçà du
sommet absolu du patrimoine : selon une estimation de l'économiste Gabriel Zucman, promoteur d'un
impôt plancher sur les très hauts patrimoines (« taxe Zucman », débattue à l'Assemblée nationale en
2025), environ 1 800 foyers fiscaux détiendraient un patrimoine net supérieur à
100 millions d'euros en France. Ce chiffre est une estimation d'un auteur engagé dans le
débat, pas une statistique officielle Insee ou DGFiP — il n'est pas chargé comme donnée
vérifiée dans ce dossier, seulement cité avec son origine précise, pour situer l'ordre de grandeur.
Les trois tranches ci-dessus (10 % des ménages) détiennent à elles seules près de la
moitié de la masse de patrimoine brut de l'ensemble des ménages :
Les 10 % de ménages les mieux dotés — 47,1 % du patrimoine brut total
Les 90 % restants — 52,9 % du patrimoine brut total
Comparaison 2015-2021 et composition du patrimoine (financier, immobilier,
professionnel) : le détail, § 3.
L'héritage, un facteur d'accès à la richesse
Part des ménages ayant hérité, ou reçu une donation, au moins une fois au cours de leur
vie (Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2020-2021) :
62 %des ménages à haut patrimoine et haut niveau de vie ont héritéContre 39 % de l'ensemble des ménages.
43 %ont reçu une donationContre 18 % de l'ensemble des ménages.
Cette mesure compte les ménages concernés, pas la part de leur richesse qui
provient de l'héritage — une question différente, sur laquelle ce dossier n'a pas trouvé de mesure
officielle chiffrée pour la France. Le
détail, § 4.
Patrimoine contre revenu : deux concentrations très différentes
Le patrimoine et le niveau de vie, mesurés par le même indicateur (indice de Gini, 0 =
égalité parfaite, 1 = concentration totale) sur la même population, 2021 :
0,645Indice de Gini du patrimoine brut
0,294Indice de Gini du niveau de vie
La courbe de Lorenz est la façon la plus reconnue de montrer une concentration :
population cumulée en abscisse, masse détenue cumulée en ordonnée. Plus une courbe s'écarte de la
diagonale (l'égalité parfaite), plus la concentration est forte — celle du patrimoine s'en écarte
bien davantage que celle du niveau de vie :
Patrimoine brutNiveau de vieÉgalité parfaite
Position dans la distribution
Masse de patrimoine détenue
Masse de niveau de vie détenue
Inférieure au 2e décile
0,3 %
8,6 %
Inférieure au 4e décile
3,0 %
22,4 %
Inférieure au 5e décile (médiane)
7,5 %
30,7 %
Supérieure au 5e décile (médiane)
92,5 %
69,3 %
Supérieure au 8e décile
64,7 %
38,2 %
Supérieure au 9e décile
47,1 %
24,3 %
Les ménages classés par patrimoine et ceux classés par niveau de vie ne sont pas
nécessairement les mêmes ménages : les deux distributions sont mesurées séparément, pas croisées.
Le détail, § 5.